Du Noyer Mémoires et Lettres Galantes
This page contains two passages from Madame du Noyer (Anne-Marguerite Petit du Noyer) concerning La Maupin, d’Albert, Mme de Luxembourg, Mme de Florensac and the Elector of Bavaria.
Letter XXXIV, d’Albert, “Mopin”
This first passage is taken from “Lettres historiques et galantes, par Madame de C***. Ouvrage curieux, Tome Second” by Anne-Marguerite Petit du Noyer, 1733 [from Google Books]. It appears to be identical to an edition published in 1710. Letter 34 starts with the announcement of “la mort du Roi Guillaume”—the death of King William III of England, which occurred on 8 March 1702, at which time d’Albert was still imprisoned in the Conciergerie.
This passage is useful in that it confirms, to an extent, the story of the duel that d’Albert and d’Uzés had with the two foreigners over Mme de Luxembourg, and ties it to La Maupin’s threat to blow out Mme de Luxembourg’s brains if she continued her affair with d’Albert. It also suggests that du Noyer was aware of La Maupin, but her spelling of the name as “Mopin” (highlighted in pink) in this passage (mid- to late-1702?) is interesting in that she spells it more conventionally in the next passage, written earlier (late-1700 to March 1701).
Lettre XXXIV
Tous nos petits Maîtres sont empressez à chercher de l’argent pour faire leurs équipages. Le pauvre Comte d’Albert voudroit bien à présent avoir le Régiment qu’il a perdu : je ne sai si vous étiez encore ici lors que ce malheur lui arriva; ce fut un petit démêlé qu’il eut avec un Gentilhomme Danois qui causa sa disgrâce; on donna à ce démêlé auquel la Duchesse de Luxembourg avoit servi de prétexte, le nom de Duel; le Comte d’Albert, & le Comte d’Uzés, qui étoient aussi compris là-dedans, prirent le parti de la fuite: mais M. de Barbefieux qui étoit, comme vous savez, Beau-frère du Comte d’Uzés, trouva moyen de donner un autre tour à cette affaire, & obligea ces Messieurs à se venir remettre dans les prisons de la Conciergerie. Ils en sortirent quelque temps après; mais le Comte d’Albert en fut pour son Régiment, qui lui avoit coûté quarante mille écus & que le Roi cassa avant toute autre œuvre; ainsi le voilà à présent un peu dérangé. Il n’en a pas tant coûté au Comte d’Uzés, & le Danois en a été quitte pour sortir du Royaume où apparemment il n’avoit pas eu dessein de s’établir. La pauvre Duchesse de Luxembourg ne s’en est pas tirée à meilleur marché que ces Messieurs, puisque par leur grâce elle a été un peu timpanisée. Cette Avanture lui en attira même une autre assez désagréable. La Mopin qui se pique de belle passion pour le Comte d’Albert, prit martel en tête là-dessus, & un jour que la Duchesse entendoit la Messe à S. Roch, elle s’approcha de son prié-Dieu pour lui dire d’un ton menaçant, que si elle s’avisoit d’écouter encore les raisons du Comte d’Albert, elle pouvoit compter d’avoir la cervelle brûlée d’un coup de pistolet. Tous ceux qui connoissent La Mopin sont persuadés qu’elle l’auroit fait tout comme elle le disoit. La Duchesse de Luxembourg en prit l’allarme, & cette algarade de La Mopin fit encore causer la Cour & la Ville, & toujours sur le compte de la pauvre Dame. Voilà à quoi on est exposé quand on est belle, & que l’on veut faire usage de ses attraits! Heureusement pour elle le pauvre Savari fut assassiné à peu près dans ce temps-là; & cette Histoire tragique fit changer la thèse: comme vous pouvez l’avoir su, je ne vous la conterai pas.
Letter XXXIV
All our young gentlemen are busy hunting for money so they can equip themselves. Poor Comte d’Albert would very much like, at present, to have back the regiment he lost. I do not know whether you were still here when this misfortune befell him; it was a small quarrel he had with a Danish gentleman that caused his disgrace. That quarrel—into which the Duchesse de Luxembourg had served as a pretext—was given the name of a duel. The Comte d’Albert and the Comte d’Uzés, who were also implicated, chose to flee. But M. de Barbefieux, who was, as you know, the Comte d’Uzés’s brother-in-law, found a way to give the affair a different turn and forced these gentlemen to surrender themselves to the prisons of the Conciergerie. They were released some time later; but the Comte d’Albert paid for it with his regiment, which had cost him forty thousand écus and which the King disbanded before doing anything else. Thus he is now in somewhat reduced circumstances. It did not cost the Comte d’Uzés as much, and the Dane got off merely by being made to leave the kingdom, where apparently he had had no intention of settling. The poor Duchesse de Luxembourg did not come off any better than these gentlemen, for thanks to them she was a bit mocked and gossiped about. That adventure even brought upon her another, rather unpleasant one. La Mopin, who prides herself on a fine passion for the Comte d’Albert, took the notion into her head, and one day, when the Duchess was hearing Mass at Saint-Roch, she approached her prie-Dieu and told her, in a threatening tone, that if she dared again to listen to the Comte d’Albert’s arguments, she could count on having her brains blown out with a pistol shot. All who know La Mopin are convinced she would have done exactly as she said. The Duchesse de Luxembourg took fright, and this outburst from La Mopin set both Court and City talking again, always at the poor lady’s expense. That is what one risks when one is beautiful and chooses to make use of one’s charms! Fortunately for her, poor Savari was assassinated at about that time, and that tragic story shifted the subject; as you may have heard of it, I shall not recount it to you.
Chapter 5: Florensac, Maupin, & d’Albert
The following material was taken from “Mémoires et Lettres galantes de madame Du Noyer” [from archive.org]. It contains references to both Madame de Florensac (in a couple of bawdy little songs) and La Maupin (along with d’Albert in an aside regarding the Elector of Bavaria and Madame d’Arcos). While it does not connect them to each other, it does show that both were on the wagging tongues of Paris at the same time.
Dating the letter seems fairly straightforward. It would be some time after the birth of Florensac’s daughter in 1700, and before the outbreak of the War of Spanish Succession in March, 1701.
References to La Maupin and Mme Florensac are highlighted in pink. Two large passages have been elided from this letter (though they are readily available in the source of this page) and replaced with three bullets (• • •). They can easily be included if there is a need.
CHAPITRE V
Une grisette maréchale de France et reine morganatique de Pologne par la vertu d’une incongruité. — Chansons gaillardes de Mme la Duchesse sur son mari, sur la duchesse de Chartres, Mme de Florensac, le Roi, le duc et la duchesse de Bourgogne. — Le duc de Roquelaure humilié par une petite fille. — Apoplexie du Dauphin. — Les Harengères. — Amours de l’Électeur de Bavière. — La Maupin.
L’humeur de vos Toulousaines est tout à fait réjouissante, et pourvu qu’elles ne s’avisent pas de vouloir se réjouir à mes dépens, j’aimerais assez leur commerce.
Voici quelques chansons nouvelles de Mme la Duchesse. Premièrement, pour M. le Duc, son époux. Vous savez qu’il est le fils de M. le Prince (1) et qu’elle est fille du roi et de Mme de Montespan. Vous connaissez aussi la personne de M. le Duc ; en voilà assez pour comprendre.
Gendre d’une Samaritaine,
Cocu d’un mince Capitaine (2),
Prince, grâce à la Faculté,
Petit-fils d’une gourgandine,
D’où diable prends-tu ta fierté ?
Serait-ce de ta bonne mine ?
Pour le même, sur l’air des Folies d’Espagne :
Doux soupirs qui volez de mes fesses,
Volez, volez au nez de mon mari,
Exprimez-lui l’excès de ma tendresse,
Et dites-lui ce qu’il aura senti.
Pour la duchesse de Chartres, sa sœur, sur l’air de Belle Princesse, belle Princesse :
Eh ! qui diable a donc placé
Votre nez entre deux fesses ?
Elle a les joues grosses.
Pour Mme de Florensac, qu’elle croyait en intrigue avec M. le Duc, son époux :
La Florensac se croit jolie,
Il n’en est rien.
Cependant sa plus forte envie,
Soir et matin,
C’est de loger mon grimaudin
Dans son château de Gaillardin.
Pour certaine dévote fameuse :
Si les prudes voulaient nous dire
La vérité,
Et que chez elles l’on pût lire
En liberté,
On verrait peint le grimaudin
Sur la porte du Gaillardin.
Lorsque Mme de Florensac accoucha, et qu’une personne demanda tout bas à Mme la Duchesse qui elle croyait qui fût le père de cet enfant, elle chanta, en faisant dandiner un tabouret avec son pied :
Monseigneur de Conti,
Le petit Duc, mon mari,
Tant d’autres là, tant d’autres ici,
Tant d’autres, tant d’autres.
Pour le roi, sur l’air de Lampons, lampons :
Louis ne choisit pas mal,
Témoin Monsieur l’Amiral,
Témoin le boiteux du Maine,
Témoin Maintenon la reine.
On ferait un volume si l’on voulait écrire toutes ses petites malices. Au reste, il y aurait quelque chose à corriger aux rimes, mais il faudrait être bien hardi pour corriger les ouvrages d’une princesse, outre qu’en fait de chansons, on peut se dispenser de suivre rigoureusement les règles, et que c’est la pensée qui y donne le prix. En voici d’autres qu’elle vient de faire sur la liberté qu’on a donnée à M. le Duc et à Mme la Duchesse de Bourgogne d’user de leurs droits :
Il faut se réjouir, François (3),
Et chanter tous à haute voix,
Que Dieu bénisse la besogne
De Monsieur le Duc de Bourgogne.
Il est bien jeune, Dieu merci,
Et Madame sa femme aussi.
Bonne sera donc la besogne
De Monsieur le Duc de Bourgogne.
Content sera le grand-papa,
Et de tout son cœur en rira,
Quand il verra de la besogne
De Monsieur le Duc de Bourgogne.
On ne chante pas autre chose à présent. M. d’Argenson, notre lieutenant de police, a voulu la défendre, mais il n’a pas pu en venir à bout.
Mme la Duchesse de Bourgogne est fort vive, et un de ses talents est de savoir parfaitement contrefaire les gens. Il y a longtemps que le Roi se donna le plaisir de lui faire contrefaire toute la Cour dans la chambre de Mme de Maintenon ; personne n’y fut épargné, pas même M. de Bourgogne : la petite personne attrapa son air en perfection.
Le mari le sut et n’en fut pas content, si bien que, le soir en se retirant, au lieu d’entrer dans l’appartement de son épouse, il tourna de l’autre côté. On crut que c’était par distraction, et un de ses gentilshommes l’avertit que ce n’était pas par là qu’il fallait passer ; mais il répondit qu’il savait ce qu’il faisait et ajouta : « Allez dire à Mme la Duchesse de Bourgogne que je ne suis pas content d’elle ; que pour les défauts de l’esprit, elle me fera plaisir de me les faire remarquer, afin que je m’en corrige ; mais que pour ceux du corps, il n’y a point d’esprit à s’en moquer. » On ne peut pas disconvenir que ce raisonnement ne soit juste. M. de Bourgogne a un peu boudé, et cette aventure a pensé brouiller le nouveau ménage. Le roi a pacifié cela.
Je ne crois pas qu’on puisse avoir l’esprit plus présent en Gascogne que l’avait feue Mme la Dauphine, ni qu’on pût répondre plus juste. On dit que lorsqu’elle était en couches de M. le duc de Bourgogne, Mme la princesse de Conti entra dans sa chambre avec quelques autres dames ; mais comme Mme la Dauphine paraissait assoupie, elles n’osèrent s’avancer, et Mme de Conti dit en s’en retournant aux dames qui l’avaient suivie : « Voyez Madame la Dauphine, elle est aussi laide en dormant qu’éveillée. » Quoiqu’elle eût dit cela assez bas, Mme la Dauphine, qui ne dormait pas sans doute bien profondément, l’entendit, et, sans hésiter un moment, elle répondit : « Madame, si j’étais fille de l’Amour, je serais aussi belle que vous. » Mme de Conti entendit ce que cela voulait dire, et s’en plaignit au roi, qui l’obligea encore d’aller demander pardon à Mme la Dauphine, qui était dans ce temps-là plus à la mode qu’elle ne l’a été dans les suites. Un jour le roi disait à cette princesse : « Vous ne m’aviez pas dit, madame, que vous aviez une sœur qui était très belle ? » Il parlait de Mme la grande-duchesse de Toscane. « Il est vrai, sire, répondit Mme la Dauphine, j’ai une sœur qui a pris toute la beauté de la famille ; mais j’en ai eu tout le bonheur. » On dit qu’on pourrait faire un fort joli recueil de tout ce que cette princesse a dit de spirituel pendant le peu de temps qu’elle a vécu.
La tendresse un peu outrée qu’elle a eue pour le duc de Bavière, son frère, a été cause qu’elle a passé assez désagréablement les dernières années de sa vie et qu’on n’a pas eu beaucoup de regrets à sa mort. Je ne saurais assez admirer ici la bizarrerie du sort qui l’a fait ennemi de la France, dans le temps que Mme la Dauphine vivait et qu’elle sacrifiait tout aux intérêts de ce cher frère. On sait à combien de chagrins elle s’est exposée, en lui faisant donner des avis importants, et qu’elle a été victime de la tendresse qu’elle avait pour lui. Elle meurt, et l’Électeur (7) s’avise de se joindre à la France, lorsqu’il en a le moins raison. N’est-ce pas se déterminer à contre-temps et prendre mal son parti ? Et l’on voit bien à sa mine que, s’il osait, il avouerait de bonne foi qu’il a fait une grande faute en s’alliant avec nous ; mais il a des ménagements à garder, et l’asile qu’il est obligé de chercher à Namur, tout triste qu’il est, lui est pourtant nécessaire. Quel fâcheux revers pour un prince qui a vécu avec tant d’éclat à Bruxelles et dont la cour était si magnifique et si galante ! On ne parle que des dépenses qu’on faisait dans ce pays, où il était adoré. Ses galanteries fourniraient matière à plusieurs romans ; car, outre Mme Popuel, qu’il fit comtesse d’Arcos, à condition qu’elle ne le serait que de nom, la belle chanoinesse et tant d’autres maîtresses qu’il avait en titre — outre cela, dis-je — il a eu une infinité de bonnes fortunes dans le Brabant, que ses belles manières et sa libéralité lui procurèrent. Mme de B… (8), jeune et charmante, valut à madame sa mère cent mille écus, et on lui en compta cent autres à elle, lorsqu’elle épousa le comte de R… et que l’Électeur la quitta pour plaire à Mlle de Montigny.
Tant de dépenses et de générosité lui avaient gagné le cœur des Brabançons, qui ne juraient que par lui. Quoique’il jouât souvent de mauvais tours à plusieurs maris, le mécontentement de quelques particuliers n’empêchait pas que le public ne fût pour lui. Il y avait même des gens assez débonnaires pour se faire un honneur de ce qu’il voulait bien prendre la peine de les déshonorer. J’ai ouï dire qu’une bonne bourgeoise de Bruxelles, dont il voyait la fille, contait un jour à une de ses voisines que Maximilien — c’était ainsi qu’elle appelait le prince — était le meilleur enfant du monde. « Voyez, disait-elle, comme il est peu fier ! Il vient chez nous sans façon, et ne fait pas de difficulté de coucher dans ce lit avec ma fille comme si elle était de condition. » Pendant qu’elle exagérait ainsi les bontés de l’Électeur, il entra en tapinois, avec un manteau sur le nez, sans suite, au grand contentement de cette mère imbécile, qui fut charmée que sa visite certifiât ce qu’elle venait de dire.
De tout cela on peut conclure que le prince menait une vie fort délicieuse à Bruxelles, et je ne sais comment il pourra s’accommoder du changement de sa fortune ; car, bien loin de pouvoir fournir à l’entretien de ses plaisirs, il n’a pas, au pied de la lettre, de quoi fournir à l’entretien de ses domestiques, dont la plupart ont été obligés de prendre parti ailleurs. Les uns sont entrés à l’Opéra, et les autres se sont déterminés selon leurs petits talents. Il me tomba l’autre jour une lettre que cet infortuné prince écrivait à Mlle de Montigny, lorsqu’elle vint ici aux noces de son frère, qui, comme vous savez, a épousé la fille du duc de Rohan, l’une des plus belles personnes de la Cour.
Lettre de l’Électeur de Bavière à Mlle de Montigny
« Il faut être aussi persuadé que je le suis, ma Princesse, de la bonté de votre cœur, pour oser prétendre d’y avoir encore la même part que vous avez bien voulu m’y donner autrefois. Je m’en flatte pourtant, et je vous crois trop généreuse pour que le changement de ma fortune puisse en causer chez vous à mon désavantage, puisque je ne ressens ce changement que par rapport à vous, et parce qu’il me met hors d’état de vous marquer toujours, par les services les plus essentiels, combien je vous suis dévoué. Qu’il est triste, ma chère, pour un prince dépouillé qui vous adore, de se voir errant, dépouillé de ses États, obligé de chercher un asile chez les étrangers, et de ne pouvoir vous marquer sa tendresse que par des vœux impuissants, mais en revanche très ardents et très sincères. Si nous n’avions couru une même fortune, mon frère et moi, il y en aurait présentement un des deux qui pourrait aider l’autre. Mais, par malheur, nous sommes dans le même cas. Il faut cependant espérer que ce sera un orage qui passera, après lequel nous entrerons dans le calme, et vous pouvez rétablir entièrement celui de mon cœur, en m’assurant que vous êtes assez bonne pour aimer la vertu toute nue. Adieu, ma chère enfant, songez un peu, au milieu de vos plaisirs, qu’il est un prince au monde qui n’en saurait trouver qu’auprès de vous. »
« M. D. D. B. »
Cette lettre de l’Électeur fait, en peu de mots, un portrait assez juste de son état. Je ne sais pas si celui de son cœur y est aussi bien peint, car il me semble que ces beaux sentiments dont il paraît se piquer ne s’accordent guère avec cette humeur coquette dont il a fait jusqu’ici profession. Il est vrai que, depuis quelque temps, Mlle de Montigny avait trouvé le secret de le fixer ; car, quoiqu’il donnât toujours incognito dans l’aventure, elle était la sultane favorite et n’avait pas de concurrente déclarée.
Le règne de la comtesse d’Arcos n’avait pas été aussi beau. L’Électeur avait eu, pendant son bail, plusieurs attachements d’éclat ; l’on avait vu la Maupin se poignarder pour lui sur le théâtre, faisant le rôle de Didon dans l’opéra d’Énée. Cette fille, dont les passions avaient toujours été violentes, voyant que la danseuse appelée la Merville la supplantait dans le cœur de ce prince, se voulut tuer à ses yeux et donna une scène assez extraordinaire aux spectateurs. La blessure ne fut pas mortelle, mais après un pareil coup d’éclat, l’Électeur ne voulut plus qu’elle restât à Bruxelles ; ainsi il fallut qu’elle laissât le champ libre à la Merville, qui, par l’infidélité qu’elle fit quelque temps après au duc en faveur du comte de Dohna, le punit de celle qu’il avait faite à la Maupin. Mais elle fut aussi punie à son tour ; car ayant été atteinte et convaincue d’avoir fait infidélité à l’Électeur, elle fut enfermée entre quatre murailles, et ce ne fut qu’après cinq ans de pénitence que l’Électeur consentit à ce qu’on lui donnât la clé des champs, à condition qu’elle s’éloignerait des lieux où il commandait. C’est cette même Maupin qui, se piquant d’une belle passion pour le comte d’Albert, un jour que la duchesse de Luxembourg entendait la messe à Saint-Roch, s’approcha de son prie-Dieu pour lui dire d’un ton menaçant que si elle s’avisait encore d’écouter les raisons du comte d’Albert, elle pouvait compter d’avoir la cervelle brûlée d’un coup de pistolet. Tous ceux qui connaissent la Maupin sont persuadés qu’elle l’aurait fait tout comme elle le disait. La duchesse de Luxembourg en prit l’alarme, et cette algarade de la Maupin fit causer la Cour et la Ville, et toujours sur le compte de cette pauvre dame.
Ce qu’il y a de sûr, c’est que voilà une sanglante guerre (9) qui va se rallumer et qui va traîner à sa suite des impôts dont on achèvera bientôt de nous accabler. Pour moi, je vous réponds que je n’en serai plus la dupe ; bien loin de retrancher mon train et ma cuisine, comme je faisais autrefois en pareil cas, je suis résolue d’augmenter l’un et l’autre et d’aider le roi à manger mon bien, afin que ce soit plus tôt fait. À quoi bon languir ? Tôt ou tard on nous tirera notre dernier sou ; ainsi faisons bombance tant que cela durera, sauf à entrer de meilleure heure à l’hôpital.
Lettre de province.
Je suis fort aise, Madame, que M. de Roquelaure se soit trouvé quelquefois avec des gens qui lui aient un peu rabattu le caquet, et j’en ai ri avec M. de Montbel, qui m’a conté que l’évêque du Puy avait trouvé à qui parler à son tour dans ce pays-ci, et que feu M. de Cons, évêque de Nîmes, lui avait donné son reste dans l’Assemblée des États. C’était un des plus beaux esprits de son temps, mais homme d’une fort basse naissance et qui ne devait qu’à son mérite le rang où il était monté. Cet évêque disputait contre celui du Puy, qui, fier du nom de Béthune qu’il porte, et chagrin de ce que l’évêque de Nîmes l’emportait sur lui par son éloquence, se retrancha sur l’invective et lui reprocha, en pleins États, la bassesse de son extraction. M. l’évêque de Nîmes, sans se fâcher, lui répondit d’un ton de mépris : « Si vous aviez été le fils de mon père, vous garderiez les cochons. » Tous admirèrent cette réponse, qui remplit l’évêque du Puy de confusion. En effet, il n’est rien de si ridicule que ces gens qui, pour se rendre recommandables, sont obligés de fouiller dans le tombeau de leurs aïeuls.
(1) Le prince de Condé. (2) Le prince de Conti. (3) Français (7) Maximilien-Emmanuel de Bavière s’était déclaré pour la France dans la guerre de la Succession d’Espagne. (8) Mᵐᵉ de Bavons. (9) Guerre de la succession d’Espagne.
CHAPTER V
A shopgirl who became a Marshal of France and morganatic queen of Poland by virtue of an incongruity. — Bawdy songs by Madame la Duchesse about her husband, the Duchess of Chartres, Madame de Florensac, the King, and the Duke and Duchess of Burgundy. — The Duke of Roquelaure humbled by a little girl. — Apoplexy of the Dauphin. — The Fishwives. — Loves of the Elector of Bavaria. — La Maupin.
The temperament of your ladies of Toulouse is most entertaining; and provided they do not take it into their heads to amuse themselves at my expense, I should rather enjoy their company.
Here are some new songs by Madame la Duchesse. First, about Monsieur le Duc, her husband. You know that he is the son of Monsieur le Prince (1) and that she is the daughter of the King and Madame de Montespan. You also know the person of Monsieur le Duc; that is enough for you to understand this one:
Son-in-law to a Samaritan,
Cuckolded by a paltry Captain (2),
A Prince, thanks to the Faculty,
Grandson of a strumpet fine—
Whence, devil take it, comes your pride?
From your handsome face, maybe?
For the same, to the tune of Folies d’Espagne:
Sweet sighs that fly from my backside,
Fly, fly to my husband’s nose;
Tell him the excess of my tenderness,
And let him know what he has smelled.
For the Duchess of Chartres, her sister, to the tune of Belle Princesse, belle Princesse:
Ah! who the devil ever placed
Your nose between two buttocks?
She has very plump cheeks.
For Madame de Florensac, whom she believed to be having an affair with her husband, Monsieur le Duc:
Florensac thinks herself pretty—
She is not.
Yet her strongest desire,
Night and morning,
Is to lodge my little grimacing fellow [i.e. penis]
In her Château de Gaillardin.
For a certain famous devotee:
If the prudes would but tell us
The truth,
And if one could read, at leisure,
Inside their homes,
One would see the “grimaudin”
Painted on the door of Gaillardin.
When Madame de Florensac gave birth, and someone quietly asked Madame la Duchesse whom she thought the father of the child might be, she sang, rocking a stool with her foot:
Monseigneur de Conti,
The little Duke, my husband,
So many others there, so many here,
So many others, so many others.
For the King, to the tune of “Let’s drink, let’s drink”:
Louis does not choose amiss,
Witness Monsieur the Admiral,
Witness the limping Duke of Maine,
Witness Maintenon, the Queen.
One could fill a volume if one wished to write down all her little witticisms. To be sure, there would be something to correct in the rhymes, but one would have to be very bold to amend the works of a princess; besides, in songs, one need not strictly follow the rules—what gives them value is the thought behind them. Here are others that she has just composed about the liberty granted to Monsieur the Duke and Madame the Duchess of Burgundy to exercise their marital rights:
We must rejoice, Frenchmen (3),
And all sing out in full voice,
May God bless the good business
Of Monsieur the Duke of Burgundy.
He is quite young, thank Heaven,
And Madame his wife as well.
So good will be the business
Of Monsieur the Duke of Burgundy.
Grandpapa will be pleased,
And laugh with all his heart,
When he sees the good business
Of Monsieur the Duke of Burgundy.
Nothing else is sung just now. Monsieur d’Argenson, our Lieutenant of Police, tried to forbid it, but could not succeed.
Madame the Duchess of Burgundy is very lively, and one of her talents is her perfect mimicry of people. Long ago, the King amused himself by having her imitate the whole Court in Madame de Maintenon’s chamber; no one was spared—not even Monsieur de Bourgogne. The little lady captured his manner perfectly.
Her husband learned of it and was displeased; so much so that, in the evening when retiring, instead of entering his wife’s apartment, he turned to the other side. It was thought that he was distracted, and one of his gentlemen informed him that this was not the proper way to proceed; but he replied that he knew what he was doing and added: “Go and tell Madame the Duchess of Burgundy that I am not pleased with her; as for the defects of the mind, she may please me by pointing them out so that I may correct myself; but as for those of the body, there is no sense in mocking them.” One cannot deny that this reasoning is just. Monsieur de Bourgogne pouted a little, and this adventure threatened to unsettle the new household. The King pacified the matter.
I do not believe that anyone in Gascony could have had a quicker wit than the late Madame la Dauphine, nor could anyone have replied more aptly. It is said that when she was in labor with the Duke of Burgundy, Madame la Princesse de Conti entered her chamber accompanied by several other ladies. But since Madame la Dauphine appeared to be asleep, they did not dare to approach; and Madame de Conti, turning back to the ladies who had followed her, said: “Look at Madame la Dauphine — she is as ugly asleep as she is awake.” Although she said this rather softly, Madame la Dauphine — who was clearly not sleeping very deeply — heard her, and without a moment’s hesitation replied: “Madame, if I were the daughter of Love, I would be as beautiful as you.” Madame de Conti understood very well what that meant, and complained to the King, who again compelled her to apologize to Madame la Dauphine — who at that time was more in favor than she would be later on. One day the King said to this princess: “You never told me, madame, that you had a sister who was very beautiful.” He was speaking of Madame the Grand Duchess of Tuscany. “It is true, sire,” replied Madame la Dauphine, “I have a sister who took all the beauty of the family — but I have had all the happiness.” It is said that one could make a charming collection of all the witty remarks made by this princess during the brief time she lived.
Her somewhat excessive affection for the Duke of Bavaria, her brother, caused her to spend the last years of her life rather unhappily, and people did not grieve much at her death. I cannot sufficiently marvel at the oddity of fate which made him an enemy of France at the very time when Madame la Dauphine was alive and was sacrificing everything to the interests of that dear brother. Everyone knows how many troubles she brought upon herself in giving him important counsel, and that she was the victim of the tenderness she bore him. She died, and the Elector (7) then decided to ally himself with France—at the very moment when he had the least reason to do so. Was that not choosing one’s course at the wrong time, and choosing it badly? And one can see well enough from his expression that, if he dared, he would honestly admit that he made a great mistake in joining with us; but he has appearances to maintain, and the refuge he is forced to seek in Namur—sad though he is—is nonetheless necessary to him. What a miserable reversal for a prince who had lived with such brilliance in Brussels, whose court had been so magnificent and so gallant! People speak only of the lavish expenditures made in that country, where he was adored. His gallantries would supply material for several novels; for, besides Madame Popuel, whom he made Countess d’Arcos on condition that she hold the title in name only, the beautiful canoness, and so many other acknowledged mistresses—besides all that, I say—he had an infinity of amorous successes in Brabant, which his graceful manners and liberality readily won for him. Madame de B… (8), young and charming, brought her mother a dowry of one hundred thousand écus, and another hundred were paid to her herself when she married the Comte de R…, and when the Elector left her to court Mademoiselle de Montigny.
Such prodigality and generosity had won him the hearts of the Brabançons, who swore only by his name. Although he often played cruel tricks on more than one husband, the resentment of certain individuals did not prevent the public at large from adoring him. There were even people good-natured enough to take pride in the fact that he deigned to go to the trouble of dishonoring them. I have heard that a good bourgeois woman of Brussels, whose daughter he was seeing, once told one of her neighbors that “Maximilien”—for so she called the prince—was the best lad in the world. “See,” she said, “how little pride he has! He comes to our house quite informally and doesn’t hesitate to sleep in this bed with my daughter, as if she were a lady of rank.” While she was thus extolling the Elector’s gracious ways, he came in quietly, with his cloak pulled up over his nose and no attendants, to the great delight of that foolish mother, who was overjoyed that his visit confirmed all she had just been saying.
From all this one may conclude that the prince led a very delightful life in Brussels, and I do not know how he will accustom himself to the change in his fortunes; for, far from being able to support the expenses of his pleasures, he has, literally, not enough to pay for the maintenance of his servants, most of whom have been obliged to seek employment elsewhere. Some have entered the Opera, and others have turned their hands to whatever small talents they possessed. The other day, a letter fell into my hands that this unfortunate prince had written to Mademoiselle de Montigny when she came here for her brother’s wedding—he, as you know, having married the daughter of the Duc de Rohan, one of the most beautiful women at Court.
Letter from the Elector of Bavaria to Mademoiselle de Montigny
“One must be as convinced as I am, my Princess, of the goodness of your heart to dare hope that I still hold the same place in it which you once so graciously granted me. Yet I flatter myself that it is so, and I believe you too generous for the change in my fortune to bring about, on your part, any change to my disadvantage; for I feel that change only in relation to you, and only because it places me beyond the means of showing you, through the most essential services, how entirely I am devoted to you. How sad it is, my dear, for a dispossessed prince who adores you, to see himself wandering, stripped of his dominions, obliged to seek asylum among foreigners, and unable to show his tenderness for you except through powerless—but, in return, most ardent and sincere—vows. If my brother and I had not shared the same misfortune, one of us might now be in a position to assist the other. But alas, we are both in the same plight. Still, one must hope that this will be but a passing storm, after which we shall find calm again; and you, my dear, can entirely restore the calm of my heart by assuring me that you are good enough to love virtue in its naked state. Farewell, my dear child; think, amid your pleasures, that there is in this world a prince who can find none save in your presence.”
“M. D. D. B.”
This letter from the Elector gives, in few words, a fairly accurate picture of his condition. I do not know whether it portrays his heart as faithfully, for it seems to me that the noble sentiments of which he makes such parade scarcely accord with the coquettish disposition he has long made his boast. It is true, however, that for some time Mademoiselle de Montigny had found the secret of keeping him faithful; for, though he still pursued his adventures incognito, she was the favored sultana and had no declared rival.
The reign of the Comtesse d’Arcos had not been so brilliant. During her tenure, the Elector had several high-profile attachments; and it was during that period that La Maupin was seen to stab herself on the stage while playing the part of Dido in the opera Énée. This girl, whose passions had always been violent, seeing that the dancer called La Merville was supplanting her in the heart of that prince, tried to kill herself before his eyes and gave the spectators a most extraordinary scene. The wound was not fatal, but after such a display the Elector no longer wished her to remain in Brussels. So she had to yield the field to La Merville, who, by her later infidelity to the Duke in favor of the Comte de Dohna, avenged the wrong that he had done to La Maupin. But she too was punished in turn; for being caught and convicted of betraying the Elector, she was confined within four walls, and only after five years of penitence did he consent to let her “have the key to the fields” — on the condition that she keep away from any place under his command. It was this same Maupin who, being infatuated with a fine passion for the Comte d’Albert, one day when the Duchess of Luxembourg was hearing mass at Saint-Roch, approached her prie-dieu and said in a threatening tone that if she ever again thought to listen to the Comte d’Albert’s advances, she could count on having her brains blown out by a pistol shot. Everyone who knows La Maupin is convinced that she would have done exactly as she said. The Duchess of Luxembourg took alarm, and this outburst by La Maupin set both Court and Town talking — always at the expense of that poor lady.
What is certain is that another bloody war (9) is about to break out again, bringing with it new taxes that will soon finish crushing us. For my part, I swear I shall be no longer duped by it. Far from cutting back my household or my table, as I used to do in such cases, I have resolved to enlarge both, and help the king devour my estate, so it may be finished the sooner. Why drag it out? Sooner or later they will take our last sou; so let us feast while it lasts — and enter the hospital all the earlier for it.
Letter from the provinces.
I am very glad, Madame, that Monsieur de Roquelaure has at last met with people able to take him down a peg, and I laughed over it with Monsieur de Montbel, who told me that the Bishop of Le Puy had, in his turn, met his match in this region, and that the late Monsieur de Cons, Bishop of Nîmes, had silenced him completely at the Assembly of the Estates. He was one of the finest minds of his time, though a man of very humble birth, owing his position solely to his own merit. This bishop was disputing with the Bishop of Le Puy, who—proud of the name of Béthune he bears and annoyed that the Bishop of Nîmes outshone him in eloquence—took refuge in invective, reproaching him publicly before the Estates with the lowliness of his origin. Monsieur the Bishop of Nîmes, without anger, replied with disdain: “If you had been the son of my father, you would be tending pigs.” Everyone admired this retort, which left the Bishop of Le Puy in confusion. Indeed, nothing is more ridiculous than those people who, to make themselves seem worthy of esteem, must rummage through the tombs of their grandfathers.
Notes: (1) Monsieur le Prince = the Prince de Condé. (2) The paltry Captain refers to the Prince de Conti. (3) The French people. (7) Maximilian Emmanuel, Elector of Bavaria, had declared for France in the War of the Spanish Succession. (8) Madame de Bavons. (9) The War of Spanish Succession.