Mlle Maupin by Gisèle Marie, Mercure 1948

This recounting of the life of La Maupin by Gisèle Marie appeared in the Aprile 1948 edition of Mercure de France and can be found on BnF’s Gallica site. It is far from a definitive history, but illustrates how her story has evolved over time.

Une Amazone Au XVIIe Siecle: “Mademoiselle Maupin”
par Gisèle Marie

Il y a un siècle, Théophile Gautier publiait son roman célèbre, Mademoiselle de Maupin (1). [(1) Bien que le Tome I de l’édition originale ait paru en 1835, c’est en 1836 qu’a paru le second.] On sait l’émotion que causa la préface de ce livre fameux et le défi jeté aux critiques gardiens de la morale. Ce qu’on peut ajouter, c’est que l’héroïne du roman est un personnage réel dont l’authentique et pittoresque existence suffirait à défrayer la matière de plusieurs romans d’aventures. Que d’anecdotes piquantes, de coups d’audace, d’éclats de passion ne pourrait-on narrer à son sujet! Il nous paraît intéressant de rappeler ici cette curieuse histoire, à l’aide d’éléments puisés aux meilleures sources.

Julie d’Aubigny naquit en 1670. Fille de Gaston d’Aubigny, secrétaire du comte d’Armagnac, elle reçut de son père, lui-même héros d’aventure, une éducation virile. Elevée au milieu des pages des Ecuries du Roi, elle partage leurs leçons, fréquentant les salles d’armes, d’une précoce aptitude aux exercices physiques. Le comte d’Armagnac, gouverneur d’Anjou, grand écuyer de France, présida à son éducation et, en présence du développement de cette jeune plante prématurément épanouie, il voulut en cueillir les prémices. Mais, submergé par le flot de tant de vitalité et de tempérament impé tueux, il crut plus sage, d’accord avec son père, de la marier. Son choix se fixa sur Maupin, gentilhomme de petite noblesse, nature débonnaire, mari très épris, tremblant devant cette belle et fougueuse amazone. Dégoûtée de cette union mal assortie, la jeune femme résolut de se débarrasser de ce mari encombrant et inutile. A force d’intrigues, elle obtint pour lui un emploi dans les Aides en province, où elle se garda de le suivre.

Libérée de l’importun, elle reprend l’existence qu’elle partageait naguère ave son père, courant les manèges et les salles d’armes. Elle y rencontre le prévôt Séranne, gentillâtre du Midi, dont elle s’éprend follement. Leur liaison s’affirme; ensemble ils font assaut et ferraillent chez tous les maîtres d’armes. A la suite d’un différend avec le lieutenant de Police, Séranne propose à sa maîtresse de le suivre à Marseille où, assure-t-il, il possède quelques biens. Habillée en homme, elle n’hésite pas à l’accompagner. Alors commence cette existence aventureuse et vagabonde qu’elle mènera presque jusqu’à la fin de sa vie.

Elle était fort belle et le costume masculin lui seyait à merveille. La main sur la garde de l’épée, le feutre sur l’oreille, elle fait à Marseille de nombreuses conquêtes. Cependant les ressources s’épuisent et il s’avère que les biens de Séranne n’étaient qu’imaginaires. Elle décide donc d’utiliser leur commun talent de bretteurs pour donner en public des assauts où elle se montrait souvent supérieure à son adversaire. D’où murmures : on émet un doute sur la réalité de son sexe. Alors, sans hésiter, Mlle Maupin dégrafïe son pourpoint et, émule de Phryné, étale sa gorge nue. C’est le triomphe.

Or les amants ont tous deux une belle voix : elle conçoit donc l’idée d’entrer à l’Opéra de Marseille. Le direc teur, Pierre Gaultier, ami de Lulli, séduit par le charme de la jeune femme et par sa voix de contralto, rare sur la scène à cette époque, l’engage; il distribue en même temps quelques rôles à son amant. Elle aborda avec un égal succès le sérieux et le comique, mais un funeste amour devait entraver cet essor...

Elle aperçut un soir dans une avant-scène une jeune Marseillaise pour qui elle s’enflamma d’une violente passion qu’elle parvint à lui faire partager. Les parents de la jeune fille s’émurent de cette troublante intimité et l’actrice apprit brusquement que son amie était enfermée dans un couvent d’Avignon.

Abandonnant Séranne, elle court à Avignon et, humble pénitente, va frapper à la porte du couvent. Emue par l’apparence d’une conversion sincère, la supérieure l’admet au nombre des novices. Quelle que fût la félicité des deux amies, l’ardente Maupin ne tarda pas à trouver bien austère le séjour au couvent; il fallait en sortir. Le décès d’une jeune religieuse lui en fournit l’occasion. Dans l’esprit de la Maupin germe alors un diabolique projet. Elle avertit son amie de se tenir prête à toute éventualité. Puis, en pleine nuit, errant par les sombres couloirs, elle gagne le petit cimetière du couvent. La tombe n’est pas encore fermée. Sans égard pour le sacrilège, elle déterre le corps, le dépouille de tout ce qui pourrait le faire reconnaître. Sa lugubre besogne achevée, les épaules chargées du macabre fardeau, elle regagne la cellule de son amie, dépose le cadavre et met le feu au lit. A la faveur du désarroi causé par l’incendie, les deux jeunes femmes prennent la fuite. Une enquête fut ouverte : elle révéla, en même temps que le rapt, les auteurs du sinistre. On crut à un enlèvement de mousquetaire. Le Parlement d’Aix condamna au feu par contumace Mlle Maupin, sous le nom de « sieur d’Aubigny », seul nom connu des religieuses.

•Vint le jour où elle se lassa de sa jolie Marseillaise, qu’elle renvoya à sa famille. De nouveau recommença sa vie d’aventures. Tour à tour Sapho ou Phryné, suivant sa fantaisie du moment, le cartel toujours prêt au service d’une infidélité, elle parcourt ainsi la province, chantant dans les cabarets ou dans des théâtres de fortune, cigale parfois muée en spadassin. Au hasard d’une représensation, elle rencontre à Poitiers un comédien en rupture de théâtre. Durant quelque temps ce vieux routier de la scène lui apprend à chanter avec toutes les ressources de son art. Puis il lui conseille d’aller à Paris, et elle reprend ses errances vagabondes.

Chemin faisant, les aventures se succèdent. Vctue du costume masculin qu’elle ne quitte plus, elle se prend de querelle dans une auberge avec des cavaliers. La dispute s’envenime; exaspérée, prompte à la riposte, la Maupin soufflette l’un d’eux. Aussitôt les épées sortent du fourreau; on va se mesurer dans un champ voisin. L’actrice, bretteuse émérite, blesse grièvement son adversaire. C’est le chevalier Louis-Joseph d’Albert de Luynes, fils du due de Luynes et d’Anne de Rohan-Montbazon. Il est beau, du même âge que ia Maupin, et elle l’a blessé doublement, car apprenant l’identité de sa partenaire, il s’éprend d’elle et la supplie de rester près de lui. Elle refuse. Désespéré, il arrache les bandages de son pansement non sans aggraver son état. Emue de cette preuve d’attachement, la cavalière Maupin se laisse fléchir. C’est le commencement d’un roman qui, à travers bien des vicissitudes et des séparations, durera toute sa vie.

Mais son sort va se décider à Rouen où elle rencontre le jeune et charmant Thévenard, d’abord marmiton chez son père et l’une des plus belles voix de son temps. Il se rendait à Paris pour tenter d’obtenir un engagement à l’Opéra. Une liaison s’ébauche entre eux et ils prennent ensemble le chemin de Paris. Mais alors se dresse la menace de la sentence trouver son ancien protecteur, le comte d’Armagnac. Elle n’a pas de peine à le persuader et, sur les instances de celui-ci, Louis XIV fit annuler le jugement du Parlement d’Aix « contre le sieur d’Aubigny ».

Libérée de ce souci et redevenue Mlle Maupin, elle multiplie les démarches pour entrer à l’Opéra. Les comtes d’Armagnac et d’Albert, ainsi que Thévenard, interviennent pour elle auprès du tout-puissant Francine, surintendant de la Musique du Roi. Toutes ces intrigues devaient porter leurs fruits, puisqu’en décembre 1690, lors d’une reprise de Cadmus, de Lulli, elle fit dans le rôle de Pallas un début triomphal. Acclamée par tout l’auditoire, pour remercier son public, elle s’avance sur la scène et, d’un geste cavalier, elle salue les spectateurs en enlevant son casque d’or qui laisse se dérouler sa belle chevelure bouclée. C’est alors du délire. Un tel succès la consacre et lui vaut d’éclipser les célébrités du moment, Mlles Rochois et Moreau.

Ici se place un piquant épisode. Au cours des répétitions de l’Opéra, des disputes éclataient fréquemment, provoquées par l’arrogance de Duméni, acteur en vogue, — mais quelque peu ivrogne, — que Lulli charmé par sa voix remarquable avait tiré des cuisines de M. Foucault. Il s’est permis une insolence envers Mlle Maupin qui se promet de lui infliger une cruelle leçon. Au sortir du théâtre et l’épée au côté, elle va dans la nuit l’attendre place des Victoires. A son passage, elle lui plaque un vigoureux soufflet, puis tirant son épée : « En garde ! » s’écrie-t-elle; mais le pleutre se dérobe. Alors elle le roue de coups de canne et lui prend sa tabatière et sa montre. Le lendemain, Duméni raconta sa mésaventure à ses camarades en l’accommodant à son avantage. Il avait, disait-il, été attaqué par trois voleurs qui, malgré sa vigoureuse défense, l’avaient dévalisé. Mlle Maupin était présente. Exhibant les objets qu’elle lui avait dérobés : « Menteur, lui dit-elle, vous n’êtes qu’un poltron... », et elle rétablit la vérité. Duméni, confondu, s’enfuit sous les quolibets. La leçon fit tant de bruit que Thévenard qui, lui aussi, avait offensé Mlle Maupin, n’osa de quinze jours quitter sa loge où il passait les nuits, jusqu’à ce qu’il eût obtenu son pardon par des excuses publiques.

Poursuivant sa brillante carrière à l’Opéra, elle multiplie ses attentions envers l’un et l’autre sexe. Lors d’une des somptueuses fêtes données par Monsieur au PalaisRoyal, vêtue en mousquetaire, elle se montrait fort assidue auprès d’une jeune marquise. Trois gentilshommes soupirants de la dame en prirent ombrage et la provoquèrent. Sur-le-champ on descendit croiser le fer, rue Saint-Tbomas-du-Louvre, et l’invincible épée de Mlle Maupin les étendit tous trois sur la place. Retournant ensuite au bal, elle s’en fut conter l’aventure à Monsieur, qui lui accorda son pardon. Mais il était nécessaire que l’oubli se fit sur cette incartade. Elle fait alors seller son cheval et part pour Bruxelles.

Son titre d’actrice de l’Opéra la fait admettre au Théâtre de la Cour de Bruxelles. L’Electeur de Bavière gouvernait alors la Belgique; il devient aussi l’amant de Mlle Maupin. Mais le galant était volage; pour conserver sa faveur, elle n’hésite pas, un soir de représentation d’Enêe où elle joue le rôle de Didon, à se poignarder réellement sur la scène, au grand effroi des spectateurs. Atterré par cet éclat, l’Electeur l’invite à s’éloigner de Bruxelles. Toutefois, redoutant le courroux de la tempétueuse actrice, il lui fit remettre une bourse de quarante mille francs par le comte d’Arcos, mari de sa nouvelle favorite. La Maupin n’était pas vénale. Le messager reçut l’accueil qu’il méritait : elle le couvrit de son mépris, puis, lui jetant la bourse à la figure, elle lui dit de la garder pour prix de son déshonneur. Effrayé, le comte d’Arcos sortit, mais... ramassa la bourse. L’actrice quitta définitivement Bruxelles.

Pour oublier sa déconvenue et tromper son besoin d’imprévu, elle a résolu de voyager. L’Espagne des romanceros, l’ardente et pittoresque Espagne, devait naturéellement séduire cette âme aventureuse, éprise de romanesque. Tous les risques qu’impliquait un si long voyage à travers un pays dont les routes étaient, disait-on, peu sûres, loin de rebuter notre héroïne, ne pouvaient que la stimuler. Elle s’en remet pour vaincre les obstacles au hasard et à la pointe de sa rapière.

Après avoir traversé toute la France, la Maupin par vient à la frontière espagnole, mais son premier contact avec la terre du Cid est quelque peu décevant. L’incon fort, disons pis, la malpropreté des hôtelleries, jointe à une cuisine dépourvue de raffinement, ralentit un court moment son enthousiasme. Néanmoins elle va, traversant les montagnes, côtoyant les précipices, déjouant les embuscades; 1 attrait du péril et l’âpreté grandiose du paysage vont la réconcilier avec l’Espagne. Elle a abandonné la litière et les mules; c’est à cheval, les pistolets dans les fontes et l’épée au côté, qu’elle poursuit sa route et, d’étape en étape, gagne Madrid. Il est temps : ses ressources sont presque épuisées, cependant que lui est réservée une autre déception. Elle attend du théâtre de nouveaux subsides. Celui-ci traverse alors, dans la péninsule, une phase critique. Peu d’œuvres marquantes pour retenir un public attentif surtout aux courses de taureaux; ajoutons à cela l’ombrageux nationalisme espagnol, ainsi s’explique l’échec de la Maupin, malgré sa réputation de cantatrice de l’Opéra de Paris. En désespoir de cause, elle se résigne à accepter les modestes fonctions de femme de chambre chez la comtesse Marino, femme d’un ministre de Sa Majesté Catholique. Cruelle déchéance pour une héroïne de sa trempe, qu’on imagine mal réduite à ce rôle ancillaire auprès d’une femme que la chronique nous représente comme exigeante et fantasque. Que d’humiliations ne doit-elle pas endurer, tandis qu’il lui faut étouffer son ressentiment!

Enfin elle a amassé le petit pécule qui va lui permettre de reconquérir sa liberté et en même temps de prendre sa revanche de l’irascible comtesse, sans avoir à redouter les effets de son courroux.

Mme de Marino doit assister â un bal à la cour où elle désire faire sensation. Chargée du soin d’élaborer sa coiffure, sa soubrette lui promet d’apporter toutes les ressources de son art pour réaliser ce chef-d’œuvre capil laire. Furtivement, elle prend à l’oftice une demi-douzaine de petits radis roses avec leurs feuilles, les traverse de grosses épingles noires et, tout en coiffant la com tesse, les lui plante à la dérobée derrière la natte du chignon; deux magnifiques touffes de marabouts blancs ramenés sur le devant masquaient la supercherie.

La comtesse exultait. Elle arrive au bal, triomphante : quelques instants après, on faisait haie pour venir la voir.

— Ah! Madame, disait un jeune seigneur, que vous avez là une coiffure printanière, jardinière, je me permettrai même de dire maraîchère!...

— Ah! renchérissait un autre, votre coiffure est à croquer...

Inconsciente de ces louanges insolites, la jeune femme paradait. A la fin, un de ses amis l’avertit courageusement que ce qu’elle accueillait pour hommages n’était que railleries déguisées.

Blême de rage, défaillant sous la honte, la comtesse quitte précipitamment le bal et se hâte vers son hôtel, afin de châtier la coupable. Mais déjà l’actrice l’avait déserté et, rompant avec la vie espagnole, regagnait la France.

De retour à Paris, la Maupin reprend son intermittente liaison avec le comte d’Albert et sa place à l’Opéra. De 1698 à 1705, son nom ne quitte plus l’affiche. Favorite du public, elle connaîtra sans interruption tous les triomphes de la scène; et lorsqu’elle apparaîtra, amazone resplendissante et farouche, dans le rôle de Clorinde de Tancrèdc, ce sera un succès retentissant. Vers le milieu de l’année 1705, après avoir brillé dans la Vénitienne, parée de tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté, elle renonce soudainement à la scène pour n’y plus repa raître. Adieu, duels, aventures et perverses amours! Un deuil cruellement ressenti venait de la frapper : la charmante marquise de Crussol-Florensac, dernière passion de Mlle Maupin, mourait subitement à trente-cinq ans, le 2 juillet 1705. Leur liaison avait duré deux ans.

Mlle Maupin ne prit pas le voile, comme on le crut : mais incapable de surmonter sa douleur, elle fit connaître par une lettre au comte d’Albert sa décision de se retirer du monde. Elle mourut en novembre 1707 dans la solitude, le recueillement et la prière. Sa mort passa inaperçue et la chronique de l’époque demeura muette sur sa disparition.

Ainsi finit celle qui fut Pallas, Diane ou Clorinde, cette amazone du xvn e siècle dont la vie semble aussi fabuleuse que celle des guerrières de légende. Devant sa beauté s’étaient agenouillés quelques grands de la terre, devant son épée avaient pâli quelques braves.

Peut-être serait-elle à tout jamais oubliée si sa troublante et équivoque figure n’avait tenté le génie de Théophile Gautier.

Il est superflu d’ajouter que l’auteur de Mademoiselle de Maupin n’a pris dans cette longue série d’aventures que ce qui pouvait convenir à son roman. Il en a cependant utilisé quelques épisodes, tels que la rencontre dans l’auberge avec les trois cavaliers, le duel avec le frère de Rosette et l’enlèvement très simplifié de la jeune Ninon. De même a-t-il conservé le nom de quelques personnages de l’histoire comme ceux d’Albert, de Séranne, et, une fois, celui de d’Aubigny-Maupin.

A 17th-Century Amazon: “Mademoiselle Maupin”
by Gisèle Marie

A century ago, Théophile Gautier published his famous novel, Mademoiselle de Maupin (1). [(1) Although Volume I of the original edition appeared in 1835, the second was published in 1836.] We know the stir caused by the preface of this celebrated book and the defiance it hurled at critics who stood as guardians of morality. What we might add is that the novel’s heroine is a real person, whose authentic and picturesque existence would provide enough material for several adventure novels. What spicy anecdotes, bold strokes, and outbursts of passion one could narrate about her! It seems interesting to recall this curious history here, using elements drawn from the best sources.

Julie d’Aubigny was born in 1670. The daughter of Gaston d’Aubigny—secretary to the Count of Armagnac and himself a hero of adventure—she received a “manly” education from her father. Raised among the pages of the King’s Stables, she shared their lessons, frequenting fencing halls and showing a precocious aptitude for physical exercise. The Count of Armagnac, Governor of Anjou and Grand Squire of France, presided over her education. Seeing the development of this prematurely blooming young plant, he wished to “gather the first fruits.” However, overwhelmed by the flood of such vitality and impetuous temperament, he thought it wiser, in agreement with her father, to marry her off. His choice fell upon Maupin, a gentleman of the minor nobility—a gentle soul and a very smitten husband who trembled before this beautiful and fiery Amazon. Disgusted by this ill-matched union, the young woman resolved to rid herself of this cumbersome and useless husband. Through a series of intrigues, she obtained for him a position in the provincial tax offices (les Aides), where she took care not to follow him.

Freed from the nuisance, she resumed the life she had formerly shared with her father, frequenting riding schools and fencing halls. There she met the provost Séranne, a petty nobleman from the South, with whom she fell madly in love. Their liaison was established; together they sparred and fought in all the fencing schools. Following a dispute with the Lieutenant of Police, Séranne proposed that his mistress follow him to Marseille where, he claimed, he possessed some property. Dressed as a man, she did not hesitate to accompany him. Thus began the adventurous and vagabond existence she would lead almost until the end of her life.

She was very beautiful, and masculine attire suited her marvelously. Hand on the hilt of her sword, felt hat cocked over her ear, she made many conquests in Marseille. However, resources ran dry, and it turned out that Séranne’s properties were merely imaginary. She decided to use their common talent as swordsmen to give public exhibitions where she often proved superior to her opponent. This caused whispers: doubts were raised regarding the reality of her sex. Then, without hesitation, Mlle Maupin unbuttoned her doublet and, emulating Phryne, displayed her naked breast. It was a triumph.

Now, both lovers possessed fine voices: she conceived the idea of entering the Marseille Opera. The director, Pierre Gaultier, a friend of Lully, was seduced by the young woman’s charm and her contralto voice—a rarity on stage at that time—and hired her; at the same time, he distributed a few roles to her lover. She approached both serious and comic roles with equal success, but a fateful love was to hinder this rise...

One evening, she spotted a young woman from Marseille in a stage box for whom she was inflamed with a violent passion, which she managed to make the girl share. The girl’s parents were alarmed by this disturbing intimacy, and the actress suddenly learned that her friend had been locked away in a convent in Avignon.

Abandoning Séranne, she raced to Avignon and, as a humble penitent, knocked on the convent door. Moved by the appearance of a sincere conversion, the Mother Superior admitted her as a novice. No matter the bliss shared by the two friends, the ardent Maupin soon found the convent stay far too austere; they had to leave. The death of a young nun provided the opportunity. A diabolical plan germinated in Maupin’s mind. She warned her friend to be ready for any eventuality. Then, in the middle of the night, wandering through the dark corridors, she reached the small convent cemetery. The grave was not yet closed. Without regard for the sacrilege, she dug up the body and stripped it of everything that could identify it. Her macabre task finished, shoulders burdened with the ghastly load, she returned to her friend’s cell, placed the corpse in the bed, and set it on fire. Under cover of the chaos caused by the fire, the two young women fled. An investigation was opened: it revealed both the abduction and the authors of the disaster. It was believed to be a kidnapping by a musketeer. The Parliament of Aix condemned Mlle Maupin to death by fire in absentia, under the name of “Sieur d’Aubigny,” the only name known to the nuns.

The day came when she grew tired of her pretty girl from Marseille, whom she sent back to her family. Her life of adventure began anew. Alternating between Sappho and Phryne according to her whim of the moment, her duel-challenge always ready at the service of an infidelity, she traveled through the provinces, singing in taverns or makeshift theaters—a cicada sometimes transformed into a swashbuckler. By chance during a performance in Poitiers, she met an actor who had deserted his theater. For some time, this old veteran of the stage taught her to sing with all the resources of his art. Then he advised her to go to Paris, and she resumed her vagabond wanderings.

Along the way, adventures followed one after another. Clad in masculine dress, which she no longer removed, she picked a quarrel in an inn with some cavaliers. The dispute turned sour; exasperated and quick to strike, Maupin slapped one of them. Immediately, swords were drawn; they went to measure themselves in a neighboring field. The actress, an expert fencer, seriously wounded her opponent. He was the Chevalier Louis-Joseph d’Albert de Luynes, son of the Duke of Luynes and Anne de Rohan-Montbazon. He was handsome, the same age as Maupin, and she had wounded him twice over: for upon learning the identity of his partner, he fell in love with her and begged her to stay by his side. She refused. In despair, he tore off his bandages, aggravating his condition. Moved by this proof of attachment, the “cavalier” Maupin relented. It was the beginning of a romance that, through many vicissitudes and separations, would last her entire life.

But her fate was to be decided in Rouen, where she met the young and charming Thévenard, originally a scullery boy at his father’s house and possessor of one of the most beautiful voices of his time. He was traveling to Paris to try to obtain an engagement at the Opera. A liaison began between them, and they took the road to Paris together. But then the threat of the sentence hung over her. To parry the blow, she went to find her former protector, the Count of Armagnac. She had no trouble persuading him and, at his insistence, Louis XIV annulled the judgment of the Parliament of Aix “against the Sieur d’Aubigny.”

Freed from this worry and once again Mlle Maupin, she multiplied her efforts to enter the Opera. The Counts of Armagnac and d’Albert, as well as Thévenard, intervened on her behalf with the all-powerful Francine, Superintendent of the King’s Music. All these intrigues were to bear fruit, for in December 1690, during a revival of Lully’s Cadmus, she made a triumphant debut in the role of Pallas. Acclaimed by the entire audience, to thank her public, she stepped forward on stage and, with a cavalier gesture, saluted the spectators by removing her golden helmet, letting her beautiful curly hair unfurl. The crowd went wild. Such a success consecrated her and allowed her to eclipse the celebrities of the day, Mlles Rochois and Moreau.

Here occurred a piquant episode. During Opera rehearsals, disputes frequently broke out, provoked by the arrogance of Duméni—a popular actor, but something of a drunkard—whom Lully, charmed by his remarkable voice, had plucked from the kitchens of M. Foucault. He took the liberty of an insolence toward Mlle Maupin, who promised herself to teach him a cruel lesson. Leaving the theater with her sword at her side, she waited for him at night in the Place des Victoires. As he passed, she dealt him a vigorous slap, then drawing her sword, cried: “On guard!” But the coward shrank away. So she beat him with a cane and took his snuffbox and watch. The next day, Duméni told his misfortune to his comrades, tailoring it to his advantage. He had, he said, been attacked by three thieves who, despite his vigorous defense, had robbed him. Mlle Maupin was present. Exhibiting the objects she had stolen from him: “Liar,” she told him, “you are nothing but a coward...” and she restored the truth. Duméni, confounded, fled amid the jeers. The lesson made such a noise that Thévenard, who had also offended Mlle Maupin, did not dare leave his dressing room for fifteen days—spending his nights there—until he had obtained her pardon through public apologies.

Pursuing her brilliant career at the Opera, she multiplied her attentions toward both sexes. During one of the sumptuous festivities given by Monsieur (the King’s brother) at the Palais-Royal, dressed as a musketeer, she showed herself very attentive to a young marquise. Three gentlemen, suitors of the lady, took offense and challenged her. On the spot, they went down to cross steel in the Rue Saint-Thomas-du-Louvre, and Mlle Maupin’s invincible sword laid all three out on the pavement. Returning then to the ball, she went to tell the adventure to Monsieur, who granted her his pardon. But it was necessary for this escapade to be forgotten. She then had her horse saddled and left for Brussels.

Her title as an actress of the Opera gained her admission to the Court Theater in Brussels. The Elector of Bavaria was then governing Belgium; he also became Mlle Maupin’s lover. But the gallant was fickle; to retain his favor, she did not hesitate, during a performance of Enée where she played the role of Dido, to actually stab herself on stage, to the great terror of the spectators. Appalled by this outburst, the Elector invited her to leave Brussels. However, fearing the wrath of the tempestuous actress, he had a purse of forty thousand francs delivered to her by the Count of Arcos, the husband of his new favorite. Maupin was not venal. The messenger received the welcome he deserved: she covered him with her contempt, then, throwing the purse in his face, told him to keep it as the price of his dishonor. Terrified, the Count of Arcos left, but... picked up the purse. The actress left Brussels for good.

To forget her disappointment and satisfy her need for the unexpected, she resolved to travel. The Spain of the romanceros, the ardent and picturesque Spain, was naturally bound to seduce this adventurous soul, enamored with the romantic. All the risks implied by such a long journey across a country whose roads were said to be unsafe, far from deterring our heroine, could only stimulate her. She relied on chance and the point of her rapier to overcome all obstacles.

After crossing all of France, Maupin reached the Spanish border, but her first contact with the land of the Cid was somewhat disappointing. The discomfort—let us say worse, the filth—of the inns, joined with a cuisine devoid of refinement, briefly dampened her enthusiasm. Nevertheless, she pressed on, crossing mountains, skirting precipices, and thwarting ambushes; the lure of peril and the grandiose harshness of the landscape reconciled her with Spain. She had abandoned the litter and the mules; it was on horseback, pistols in the holsters and sword at her side, that she pursued her route and, stage by stage, reached Madrid. It was high time: her resources were nearly exhausted, yet another disappointment awaited her. She expected new subsidies from the theater. At that time, theater in the peninsula was going through a critical phase. Few significant works were available to hold an audience primarily interested in bullfights; add to this a touchy Spanish nationalism, and thus is explained Maupin’s failure, despite her reputation as a singer from the Paris Opera. In desperation, she resigned herself to accepting the modest duties of a lady’s maid for the Countess Marino, wife of a minister of His Catholic Majesty. A cruel downfall for a heroine of her mettle, whom one can hardly imagine reduced to this ancillary role serving a woman whom chronicles describe as demanding and whimsical. What humiliations she must have endured, while forced to stifle her resentment!

Finally, she amassed the small pittance that would allow her to regain her freedom and, at the same time, take her revenge on the irascible countess without having to fear the effects of her wrath.

Mme de Marino was to attend a ball at court where she wished to cause a sensation. Charged with the task of creating her hairstyle, her maid promised to bring all the resources of her art to realize this capillary masterpiece. Furtively, she took half a dozen small pink radishes with their leaves from the pantry, pierced them with large black pins, and, while styling the countess, surreptitiously planted them behind the braid of her bun; two magnificent tufts of white marabou feathers brought to the front masked the trickery.

The countess was exultant. She arrived at the ball, triumphant; a few moments later, people were lining up to see her.

“Ah! Madame,” said a young lord, “what a spring-like, garden-like hairstyle you have there... I might even say ‘market-garden’ style!...”

“Ah!” another chimed in, “your hairstyle is good enough to eat...”

Unaware of these unusual praises, the young woman paraded about. At last, one of her friends courageously warned her that what she took for homage was merely disguised mockery.

Pale with rage, fainting under the shame, the countess precipitously left the ball and hurried to her hotel to punish the culprit. But the actress had already deserted it and, breaking with Spanish life, was heading back to France.

Upon returning to Paris, Maupin resumed her intermittent liaison with the Count d’Albert and her place at the Opera. From 1698 to 1705, her name never left the playbill. A favorite of the public, she experienced uninterrupted triumphs of the stage; and when she appeared—a resplendent and fierce Amazon—in the role of Clorinda in Tancrede, it was a resounding success. Toward the middle of the year 1705, after shining in La Vénitienne, adorned with all the brilliance of her youth and beauty, she suddenly renounced the stage, never to appear again. Farewell to duels, adventures, and perverse loves! A cruelly felt mourning had just struck her: the charming Marquise de Crussol-Florensac, Mlle Maupin’s last passion, died suddenly at thirty-five on July 2, 1705. Their liaison had lasted two years.

Mlle Maupin did not take the veil, as was believed; but incapable of overcoming her grief, she made known her decision to withdraw from the world in a letter to the Count d’Albert. She died in November 1707 in solitude, contemplation, and prayer. Her death passed unnoticed, and the chronicles of the time remained silent on her disappearance.

Thus ended she who was Pallas, Diana, or Clorinda—this 17th-century Amazon whose life seems as fabulous as those of legendary female warriors. Before her beauty, some of the great men of the earth had knelt; before her sword, some of the brave had turned pale.

Perhaps she would be forever forgotten if her disturbing and equivocal figure had not tempted the genius of Théophile Gautier.

It is superfluous to add that the author of Mademoiselle de Maupin took from this long series of adventures only what could suit his novel. He did, however, utilize a few episodes, such as the encounter in the inn with the three cavaliers, the duel with Rosette’s brother, and the highly simplified abduction of the young Ninon. Likewise, he retained the names of some historical figures, such as d’Albert, Séranne, and, once, that of d’Aubigny-Maupin.