Touchard-Lafosse’s Maupin

This text comes from Chroniques secrètes et galantes de l'Opéra : 1667-1844. Tome 1 by Georges Touchard-Lafosse (1780-1847) (taken from BnF's Gallic).

Note: Since the scans were difficult, I replaced the text of the poem sent by la Maupin to d'Albert with a version from a much cleaner scan of the chapter “LETTER IN VERSE From Mademoiselle Maupin, Actress of the Opera, to the Comte d’Albert, in the Camp of Monsieur de Villars” from “Recueil de différentes pièces de littérature, par M. L. P. D. G. [Monsieur Le Prince De Grimberghen] dont plusieurs ont été nouvellement recouvrées par le sieur B**** son premier secrétaire” (taken from Google books). The text appears to be the same. It's translation was done by ChatGPT. The rest of the text was translated by Gemini.

Chapitre VI.

Aventures de la Demoiselle Maupin

Je n’ai point à vous entretenir des talents distingués de cette actrice : elle ne savait pas une note de musique, et n’occupa jamais qu’un rang secondaire à l’Opéra. Mais elle fit dans le monde plus de bruit que les Castelly, les Rochois et les Antier, par sa beauté, par ses aventures et surtout par son humeur belliqueuse. Mademoiselle, ou plutôt madame Maupin, était fille du sieur d’Aubigny, secrétaire des commandements de M. le comte d’Armagnac. Elle épousa, vers 1691, un employé des aides, nommé Maupin ; mais elle s’éprit peu de temps après son mariage d’un prévôt de salle d’armes, appelé Séranne, adopta en même temps son nom et sa profession, puis disparut du domicile conjugal pour le suivre dans ses pérégrinations. Elle se rendit d’abord avec lui à Marseille : Séranne y donna des assauts; la vertu de sa maîtresse (le mot est indulgent) en reçut bien davantage : la place n’était pas inexpugnable ; Séranne se plaignit même de plus d’une capitulation assez facilement obtenue.

Le résultat de ces divers assauts ne fut pas apparemment bien lucratif; la misère frappa rudement à la porte du couple aventurier; et quoique fort habile dans l’escrime, il ne put parer cette botte-là. Séranne et mademoiselle Maupin avaient de belles voix ; ils furent admis à l’Opéra de Marseille; l’un et l’autre y obtinrent quelque succès. Mais mademoiselle d’Aubigny (la Maupin avait repris ce nom) était née pour les aventures extraordinaires : elle en avait le goût et ne savait pas résister à ses penchants. Ses inclinations masculines s’étaient signalées par l’habile maniement du fleuret ; mais elles se prononcèrent d’une manière bien autrement significative lorsque, nouvelle Sapho, elle conçut la plus vive passion pour une jeune Marseillaise. Soit que les parents de la demoiselle craignissent un danger réel pour leur fille, en apprenant la recherche d’un individu qui, portant toujours des habits de cavalier, avait pu les tromper sur son sexe, soit qu’ils voulussent seulement dérober cette jeune personne au retentissement d’un scandale ridicule, ils la firent entrer dans un couvent à Avignon. La petite Marseillaise se croyait-elle aimée par un joli cavalier, ou se livrait-elle aussi aux illusions lesbiennes ? C’est ce que nous ne pouvons dire ; toujours est-il constant que mademoiselle d’Aubigny fut promptement avertie de la réclusion de celle dont elle était éprise. Déposant alors le costume masculin et renonçant à la carrière lyrique, elle prend l’habit et les allures modestes d’une jeune dévote ; imprime à ses traits une expression pudibonde, couvre de leurs longs cils ses yeux un peu hardis, et court à Avignon. Les mains jointes et tournant entre ses doigts un chapelet, elle se rend au couvent où la demoiselle Marseillaise est cloîtrée... C’est une héritière noble que la grâce d’en-haut illumine, qui veut échapper aux pièges que le malin tend à sa jeunesse : son accent est plein de ferveur, sa vocation paraît vive; la supérieure, qui sait peut-être combien sont glissants les sentiers de la vie mondaine, voit une chute à prévenir, une brebis à soustraire aux loups dévorants; elle reçoit mademoiselle d’Aubigny, encore à demi fardée du rouge de l’Opéra de Marseille, parmi les novices, au nombre desquelles se trouve celle que l’audacieuse comédienne ose appeler son amante.

Que se passa-t-il pendant quelques mois dans la communauté d’Avignon ? Dieu seul aujourd’hui le sait... Mais un jour une jeune religieuse étant venue à mourir, mademoiselle d’Aubigny, l’ayant dépouillée de tout ce qui pouvait favoriser une reconnaissance, chargea le cadavre sur ses épaules, le déposa dans le lit de son amie, et se sauva avec elle, après avoir mis le feu au couvent pour favoriser leur évasion. Vous daignerez sans doute me dispenser de suivre les phases d’une passion dont, au moins, vous ne redoutez pas les résultats pour la jeune Marseillaise. Ils pouvaient devenir bien autrement graves pour l’amazone coupable du rapt d’une religieuse, bien qu’elle ne fût que novice ; car la justice en informant, ignorait si cette novice l’était encore après l’attentat, la demoiselle d’Aubigny ayant été signalée aux juges comme un homme déguisé. Or, vous concevez combien, dans l’opinion de ces magistrats, le crime du prévenu devait être affreux ; lui qui avait passé, loup dévorant, trois mois entiers parmi les ouailles du Seigneur. Le procès ayant été instruit sur ces fausses données, le sieur d’Aubigny, de la science certaine du tribunal, fut condamné au feu par contumace.

Si les amours ordinaires sont, hélas ! périssables et passagers, celui que nous venons d’esquisser devait être plus fragile encore : il suffisait qu’une réalité vînt s’interposer dans cette suite d’illusions pour les faire évanouir, et ce fut ce qui arriva. Un mousquetaire remplaça la novice Marseillaise dans le cœur de mademoiselle d’Aubigny, l’amante abandonnée retourna dans sa famille, et la sentence lumineuse des juges de Marseille tomba dans l’eau, heureusement pour eux.

L’aventurière qui nous occupe, tantôt sous le nom de madame Maupin, tantôt sous celui de mademoiselle ou de monsieur d’Aubigny, continua de parcourir la province, donnant dans une ville des assauts d’armes, chantant l’opéra dans une autre ; rêvant ici l’amour à la manière de Sapho, le faisant ailleurs à la manière d’Aspasie ; se battant en duel le matin pour disputer le cœur d’une grisette à un sous-lieutenant, acceptant le soir un cartel pour se venger de l’infidélité d’un capitaine. Enfin, lasse des petites intrigues de la province, qui ne la mettaient point assez en relief, mademoiselle d’Aubigny songea à se diriger vers Paris, seul théâtre où les grandes renommées peuvent éclore. L’acteur Thévenard, qu’elle avait rencontré à Rouen, lui offrit de l’amener dans la capitale, et s’engagea à la faire recevoir à l’Académie royale de Musique, si elle voulait y débuter. Notre aventurière accepta l’offre du célèbre chanteur qui, vivement épris d’elle (c’était longtemps avant l’aventure de la pantoufle), fut heureux d’une telle acquisition pour l’Opéra. Mademoiselle d’Aubigny débuta, sous le nom de son mari, par le rôle de Pallas, dans l’Opéra de Cadmus : ce n’était presque pas sortir des attributions guerrières qu’elle affectionnait; sous la figure de Minerve, la débutante eût été infiniment moins dans son emploi. Lorsque, remontée sur son nuage, la nouvelle actrice s’éleva avec majesté vers l’Olympe, elle ôta avec grâce son casque, en signe de reconnaissance pour les applaudissements qu’elle avait reçus. Alors s’épandit sur son armure la plus belle chevelure du monde, et les acclamations redoublèrent. Le lendemain, à son lever, mademoiselle Maupin eut à décacheter trente missives amoureuses, contenant des offres qui, totalisées, eussent produit un capital de cent mille écus. Mais jusqu’alors elle n’avait recherché que les trésors de l’amour, toujours sous l’influence d’une double ambition, qui se donna la plus excentrique carrière à l’Opéra.

Cependant Mademoiselle Maupin continuait à se battre comme un mousquetaire noir : quelquefois on l’attendait pour une représentation au Palais-Royal, tandis qu’elle ferraillait au bois de Vincennes. L’acteur Duméni, oubliant à quelle humeur il s’adressait, osa un jour insulter cette actrice, qui avait méprisé l’hommage de son cœur. L’injure avait été faite en présence de Francine, l’un des directeurs de l’Académie royale de Musique ; Mademoiselle Maupin comprima sa colère et se contenta de dire : « Ceci se retrouvera. » Mais sa vengeance ne se fit pas attendre ; le soir même, déguisée en homme, la chanteuse offensée attendit le premier chanteur à la place des Victoires, où elle savait qu’il devait passer, et, l’attaquant avec impétuosité, elle lui asséna le plus vigoureux soufflet, en disant : « À Duméni, Mademoiselle Maupin, salut. » Puis elle ajouta en faisant briller son épée sous le rayon blafard du réverbère :

— Maintenant, en garde, faquin.

— Du tout, répondit Duméni, qui n’était pas aussi franc du collier devant une épée que devant un sixain de flacons... Je veux bien considérer que vous êtes une femme.

— Vous avez le plus grand tort; il me semble que ma main vient d’être passablement masculine. Allons donc, fougueux Roland, terrible Renaud, flamberge au vent.

— Je vous dis que je ne veux pas me battre avec une femme.

— Eh bien, cette femme va se donner la double satisfaction de corriger un insolent et d’humilier un lâche.

À ces mots, saisissant le bras de Duméni d’une main comparable à un crampon d’acier, elle imprima à sa personne un mouvement de rotation dont il ne put se rendre maître, et cinquante fois le fin cravachet de Mademoiselle Maupin tomba en sifflant sur les épaules du pauvre acteur. Puis elle le quitta, après lui avoir pris sa tabatière et sa montre. La maligne créature n’était pas satisfaite d’une vengeance secrète ; il lui fallait un triomphe éclatant : elle songeait à se le ménager.

Le lendemain, l’aventure avait fait du bruit: on savait confusément que Duméni avait été attaqué; mais on ignorait par qui. Il se trouvait beaucoup de monde à la répétition; l’acteur fustigé ne vit pas à travers la foule Mademoiselle Maupin, qui ne devant pas jouer dans la prochaine représentation, éviterait, pensait-il, de paraître ce jour-là devant les directeurs. Il ne connaissait guère sa camarade. Elle s’était glissée parmi les figurantes, le visage couvert d’un voile assez épais et comme les autres femmes, elle fit cercle autour de Duméni, qu’on priait de raconter son aventure.

— Sachez donc, dit-il, que hier au soir, j’ai été attaqué par trois voleurs.

— Trois voleurs !... s’écria-t-on de toutes parts.

— Trois, tout autant. Néanmoins, je me suis défendu comme un lion ; les drôles ont senti ce que pèse mon bras ; et malgré l’inégalité des chances du combat, je les ai mis en fuite...

— C’est un beau trait cela, s’exclamèrent de nouveau les auditeurs.

— Mais dans la chaleur du combat, reprit Duméni, les bandits m’avaient enlevé ma montre et ma tabatière.

— Les voici, dit Mademoiselle Maupin, qui venait d’écarter son voile et présentait les deux objets à l’assemblée. Tout ce que vient de vous raconter Duméni est un insigne mensonge: ce qu’il y a de vrai dans tout ceci, c’est qu’un homme a été assez lâche pour refuser de croiser le fer avec une femme, qu’il avait insultée; cette femme, c’est moi. Or, vous saurez qu’après l’avoir souffleté, je l’ai rossé d’importance, et qu’en témoignage de mon triomphe et de sa lâcheté, je lui avais pris sa montre et sa tabatière. Voilà, mesdames, comme il faut se conduire avec les hommes quand ils nous manquent.

Je ne vous dirai pas si beaucoup des assistantes se promirent d’imiter Mademoiselle Maupin; mais Duméni, convaincu tout à la fois de poltronnerie et de fanfaronnade, ces deux défauts si disparates dans leur nature...

Duméni, honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu’on ne le prendrait plus à insulter les actrices, avant de s’être assuré si elles ne tiraient pas l’épée; ce qui pouvait se rencontrer souvent, vu les rapports fréquents de ces dames avec les mousquetaires.

Mais on l’a répété jusqu’à satiété, il est rare que l’expérience profite aux humains à temps pour leur épargner les malheurs qu’elle pourrait prévenir : voici venir une nouvelle preuve de cette vérité. Les tendresses usées deviennent souvent d’acres aversions : c’est encore une chose dès longtemps constatée. Thévenard avait beaucoup aimé Mademoiselle Maupin; puis il se prit à la haïr cordialement; mais par malheur pour lui, il oublia la leçon donnée à son camarade Duméni, et l’outragea publiquement. Vous connaissez la manière de notre amazone ; elle attendit la basse-taille au sortir de l’Opéra; mais la réflexion lui était venue; il ne sortit pas, et vainement son adversaire se morfondit-elle durant près de trois semaines à l’attendre chaque soir. Thévenard couchait dans sa loge et ne mettait pas le nez dehors. Au théâtre, les directeurs, craignant une scène épisodique dans le genre du combat de Sablé, faisaient bonne police. Les ennemis, lorsqu’ils jouaient ensemble, échangeaient des regards courroucés, accompagnant les protestations les plus tendres; Mademoiselle Maupin promettait à grand orchestre tendresse pour tendresse à la basse-taille, et lui glissait à l’oreille l’assurance qu’elle lui romprait les os à la première occasion. Heureusement les situations scéniques ne leur prescrivirent point de s’embrasser ; ils se seraient mordus jusqu’au sang. Enfin, las de mener une vie littéralement claustrale au Palais-Royal, Thévenard écrivit à son irascible camarade.

« Ma chère Julie, chacun dans ce monde a ses perfections et ses défauts ; j’avoue très-volontiers que vous maniez une épée beaucoup plus habilement que moi ; convenez aussi que je chante mieux que vous. Cela constaté, vous voudrez bien reconnaître que si vous m’enfoncez seulement trois pouces de lame dans la poitrine, ma voix, si je n’en meurs pas, pourra bien être fort altérée, et je tiens essentiellement au bien-être qu’elle me procure, indépendamment du bonheur de me mirer dans vos beaux yeux, quand nous jouons ensemble et que vous ne me lancez pas des apartés furibonds ; ce qui altère singulièrement la douceur de votre regard.

« Faisons donc la paix, ma chère Julie, je viens pieds et poings liés devant vous (par écrit toutefois, vu le danger d’une entrevue) ; excusez une boutade dont je me repens avec sincérité, et soyez moi miséricordieuse. »

Mademoiselle Maupin répondit :

« Puisque monsieur Thévenard avoue de si bonne grâce le peu de goût qu’il ressent pour une rencontre l’épée à la main, même avec une femme, et qu’il ne me reste plus qu’à le complimenter sur sa prudence, je consens à lui pardonner son offense. Mais je veux que ce pardon promis, il me le demande en présence de ceux qui ont été témoins de l’injure ; qu’il prenne soin de les réunir, et je tiendrai ma parole. »

Les choses se passèrent selon les intentions de Mademoiselle Maupin : Thévenard lui demanda pardon publiquement, et cet acteur demeura convaincu de n’être un héros qu’au théâtre. Il y avait déjà longtemps que plusieurs dames le lui avaient dit.

Si la Demoiselle Maupin n’eût usé de sa supériorité dans l’escrime que pour repousser les injures, c’eût été noble et légitime; mais elle en abusait souvent sous des habits masculins, pour manquer elle-même à son propre sexe. Un jour qu’ainsi déguisée, elle était parvenue à se glisser dans un bal donné au Palais-Royal, par Monsieur, frère de Louis XIV, elle osa faire à une jeune marquise les agaceries les plus excentriques. La dame titrée s’en plaignit hautement, et trois gentilshommes simultanément, demandèrent au cavalier postiche raison d’une si indécente conduite.

« À vos ordres, messieurs, répondit fièrement l’actrice ; je vais vous attendre rue Saint-Thomas-du-Louvre, sous le premier réverbère. » Les trois champions s’y rendirent et y restèrent, non pas tués sur la place, mais assez gravement blessés pour ne pouvoir se relever. Mademoiselle Maupin, rentrée dans le bal, tira Monsieur à part :

— Monseigneur, lui dit-elle, il y a rue Saint-Thomas-du-Louvre trois gentilshommes étendus sur le pavé, et qui auraient besoin d’un prompt secours. Ils avaient, il y a moins d’une heure, la tête très chaude ; mais l’air de la nuit pourrait les refroidir un peu trop; veuillez ordonner qu’ils soient transportés chez eux.....

— Encore un duel, s’écria le duc d’Orléans avec mécontentement.

— Il y en a même eu trois, Monseigneur; mais ceux-là pourront tempérer la colère de votre altesse royale, en l’amusant : les cavaliers qui, pour le moment, ont le pavé pour oreiller, viennent d’être blessés par une femme.....

— Une femme....

— C’est elle qui a l’honneur de l’assurer à votre altesse royale.

— Ah! je te reconnais, friponne, tu es la Maupin.

— Pour vous servir, Monseigneur, si j’en étais capable.

— Feras-tu donc toujours des tiennes?

— Votre altesse royale sait que je ne tue pas toujours les sujets de Sa Majesté.

— Te tairas-tu, diablesse incarnée...

— Je fais plus, je me retire.

Et passant auprès de la jeune marquise si malheureusement défendue, elle lui dit à l’oreille :

— Voyez, madame, combien vous avez été mal inspirée ; pour avoir appelé à votre aide trois redresseurs de torts, vous voilà privée, au moins pour quelque temps, de trois admirateurs... Puis, touchant son épée, Mademoiselle Maupin ajouta : celle-ci a prié ces messieurs de garder le lit pendant quelques semaines : c’est le cas, marquise, de jouer la sensibilité... Maintenant, souffrez que je me dise votre très-humble servante, et convenez qu’il n’y avait pas de quoi crier si haut.

À ces mots, l’actrice endiablée laissa la marquise stupéfaite, et quitta les appartements du Palais-Royal. Le lendemain, toute la cour savait cette aventure; elle retentit pendant huit jours à l’Œil-de-Bœuf ; Louis XIV lui-même s’en amusa bien bas. Mais il fit prévenir Mademoiselle Maupin par Destouches, inspecteur général de l’Opéra, que rien ne s’opposait à ce que ses édits sur le duel fussent appliqués aux dames, lorsqu’elles prétendaient s’aviser du point d’honneur, surtout quand elles se piquaient peu d’y être fidèles sous le point de vue féminin.

Vers l’année 1702, Mademoiselle Maupin quitta l’Opéra de Paris, et prit un engagement à celui de Bruxelles. Le comte d’Albert, qui était alors son amant, lui avait été infidèle; elle s’éloigna pour ne pas être témoin du triomphe de sa rivale. L’Électeur de Bavière vit notre aventurière à la cour des Pays-Bas, en devint amoureux et lui laissa son cœur l’espace de cinq à six mois. Cette longévité d’un amour princier fut citée dans les gazettes du temps. Après ce siècle de constance, son altesse électorale, ayant quitté Mademoiselle Maupin pour la comtesse d’Arcos, envoya, par le mari même de cette dame, un cadeau de quarante mille livres à l’actrice délaissée. Le comte avait à peine déposé cette somme sur la toilette, que le portefeuille qui la contenait vint le frapper au front, c’est-à-dire juste à l’endroit où son altesse électorale l’atteignait en ce moment... « Dites au prince que je ne veux point de son argent, et gardez-le : c’est le digne salaire de l’homme assez vile pour se faire le facteur de sa femme. » Et montrant la porte à M. d’Arcos, la chanteuse ajouta : « Sortez ou je vous fais chasser par mes laquais, vos pareils. » Quelque temps après cependant, Mademoiselle Maupin, ayant considéré sans doute qu’on ne vit pas de fierté, accepta une pension de deux mille livres que lui fit l’Électeur, et revint à Paris, où elle renoua avec le comte d’Albert.

Jusqu’ici nous n’avons vu dans Mademoiselle Maupin qu’une femme galante, emportée, querelleuse, ferme sur la hanche comme un officier aux gardes. Mais elle se recommandait par des qualités plus heureuses : elle était douée d’une âme généreuse, d’une loyauté parfaite ; nulle femme ne fut meilleure amie ; nulle amante n’aimait plus sincèrement tant qu’elle aimait, et rarement elle prit l’initiative de l’infidélité. Mademoiselle Maupin écrivait avec une charmante facilité et faisait des vers très agréables. En voici qu’un poète élégiaque n’eût pas désavoués : mesdames Deshoulières se fussent assurément félicitées de les avoir faits. Ils étaient adressés au comte d’Albert, qui se trouvait à l’armée avec M. de Villars.

Voudrois-Tu, cher Amant, parmi le bruit des armes,
Entendre le récit de mes vives allarmes?
Et quand Mars dans ton ſein allume ſes fureurs
Tes yeux daigneront-ils voir une Amante en pleurs
Quel trouble, quel effroi, de tout mon cœur s’empare?
Il court un bruit confus, qu’un combat ſe prépare,
Que Bade vainement ſonge à ſe retrancher,
Qu’au milieu de ſes Forts Villars le va chercher.
Bruit cruel! chaque mot m’épouvante & me glace.
Le Ciel me feroit-il preſſentir ma diſgrace?
Ah! je ſçai que la Gloire a pour toi trop d’appas,
Que l’Honneur au péril précipite tes pas.
Pour un Guerrier, tes yeux ont pour moi trop de charmes;
Pour un Amant, ton cœur aime trop les allarmes.
Le Ciel devoit du moins te rendre, en te formant,
Ou moins vaillant Guerrier, ou moins aimable Amant.
De mon ſexe timide ignorant la foibleſſe,
Je ſuis faite au péril, ainſi qu’à la tendreſſe.
Que ne m’eſt-il permis de voler après toi?
Si je ſuivois tes pas, je n’aurois nul effroi;
J’irois braver la mort, & ſerois toujours prête
A m’expoſer aux coups qui menacent ta tête.
Ta jeuneſſe, tes traits, ce teint vif, ces appas,
Ces cheveux qu’Apollon ne déſavoueroit pas,
Dans l’empire amoureux inévitables charmes,
Pour toi dans les combats ſont d’inutiles armes.
Un homicide plomb avec impunité,
Frappe ſans reſpecter l’âge ni la beauté.
Adonis, comme toi, fut autrefois aimable;
Pour toi je crains, hélas! ſon deſtin déplorable.
Venus entre ſes bras lui vit perdre le jour;
Je n’ai pas ſes attraits, mais j’en ai tout l’amour.
Mere des doux plaiſirs, favorable Déeſſe,
Toi que ſuivent toujours les ris & la jeuneſſe,
Je t’implore aujourd’hui. Si d’une tendre voix,
J’ai quelquefois chanté la douceur de tes loix,
Si j’ai vanté ton fils, ſes traits & ſon empire,
Et porté dans les cœurs les flammes qu’il inſpire,
Vole, deſcends des Cieux, ſers-toi de ces regards,
Qui ſçavent, quand tu veux, deſarmer le Dieu Mars;
Obtiens qu’à mon Amant il ne ſoit point funeſte.
Mais, que dis-je, inſenſée, & quel eſpoir me reſte?
En voyant cet objet de mes veux les plus doux,
Tu ſerois ma rivale, & Mars ſeroit jaloux.
Parmi tant de frayeurs, c’eſt toi ſeul que j’implore;
Souviens-toi, cher Amant, que mon ame t’adore,
Que tu dois de mes pleurs faire ceſſer le cours,
Qu’en expoſant ta vie, il y va de mes jours.

Lorsque Mademoiselle Maupin écrivait cette épître brûlante au comte d’Albert, on était loin de se douter qu’elle finirait sa vie dans un couvent. Mais ce retour vers la vie calme et silencieuse des cœurs où toutes les passions ont passé, est plus fréquent qu’on ne pense. L’âme, en se repliant vers sa sphère intuitive, y trouve de suaves jouissances qu’elle avait jusqu’alors ignorées : le devoir, si rarement écouté lorsque les passions tonnent, fait enfin entendre sa voix quand elles ont cessé d’éclater. Cette période commença, pour la fougueuse actrice, au moment où l’on s’y attendait le moins.

À cette heure de retour sur elle-même, Maupin, naguère abandonnée à toute la fougue des passions, retrouva soudain dans son cœur des sentiments raisonnables, contre lesquels son imagination ne protesta plus. Elle renvoya à tous ses amants les contrats qu’elle en avait reçus, ne réservant que la pension des deux mille livres que lui faisait l’Électeur de Bavière. Résolue à mener une vie régulière, sauf son amour pour le comte d’Albert, Mademoiselle Maupin appela auprès d’elle son mari, et vécut dans une parfaite union avec lui jusqu’à la mort de celui-ci, arrivée en 1705. Il faut ajouter que Maupin était un époux des mieux civilisés.

Un auteur de l’antiquité l’a dit, les grandes passions ne s’éteignent point chez les femmes tant qu’il reste en elles assez de puissance physique pour les alimenter ; seulement elles changent d’objet, quelquefois de caractère, lorsque, sur le foyer où elles brûlaient, il ne reste rien d’assez inflammable pour les entretenir. C’est ainsi qu’une vive dévotion succède chez le sexe aux affections terrestres ; sa poésie sublime, les enivrantes consolations de ses croyances, la séduction gracieuse de ses images vont dans le dernier repli du cœur, ranimer les étincelles de la sensation, presque éteintes sous les cendres des voluptés consumées. Alors une femme qui fut passionnée est dévote avec ardeur : elle reporte vers le ciel ses convoitises détachées de la terre ; sans qu’elle s’en doute, elle s’éprend des anges comme elle s’était éprise de ses amants. Écoutez sa prière, l’animation de son accent vous révélera des émotions trop fortes pour être béatifiques ; il y a dans cet élan religieux de l’âme un ressouvenir des délices mondaines : c’est le serpent tentateur entourant la tige du rosier mystique. Mais quand l’âge a décidément refroidi l’organisme féminin, la dévotion change de nature : ce n’est plus cette ferveur qui s’élevait, brûlante, vers le séjour des élus ; une foi douce, mais intéressée, a remplacé ce transport éteint; on se laisse alors envelopper dans les voiles mystérieux d’une espérance qui promet la miséricorde divine... Si un tel genre de dévotion n’est pas précisément généreux, il est au moins sincère, car il émane de la confiance. Mais ce culte par inertie ne peut naître que du reniement des choses du monde, et ce reniement, se prononce-t-il tant que les sens conservent leur empire ?... quelquefois sans doute ; ce serait trop hasarder que de dire souvent.

Quoiqu’il en soit, Mademoiselle Maupin forma, vers le milieu de l’année 1705, la résolution de renoncer au théâtre, et ce qui paraîtra plus surprenant, d’entrer en religion. Cependant elle ne voulut pas s’arrêter à ce dernier parti sans avoir consulté le comte d’Albert, son amant : ce qui prouvait, ce me semble, que, si elle se croyait appelée à la vie claustrale, un lien quelque peu profane la retenait encore au monde. La lettre que le comte lui écrivit dans cette circonstance mérite d’être citée: outre qu’elle montre jusqu’à quel point, en 1705, le sentiment était pris au sérieux même par les hommes de guerre, que tant de séductions incitaient à l’inconstance, elle prouve qu’alors le style épistolaire d’une certaine élégance était familier à la noblesse, qui, cinquante ou soixante ans plus tard, le regardait comme indigne d’elle, et s’enorgueillissait, aux yeux d’une renaissante philosophie, de l’ignorance titrée des siècles féodaux.

« Songez-vous à qui vous vous adressez, écrivait M. d’Albert; est-ce ma religion, est-ce mon cœur, est-ce ma complaisance que vous voulez mettre à l’épreuve ; et comptez-vous, en me consultant, que je suis assez le maître de mes sentiments, pour fortifier les vôtres? Avez-vous perdu l’idée de ce que je suis à votre égard ; n’est-ce pas insulter à mon malheur, que de me forcer à l’approuver ; et ne mériteriez-vous pas que, pour vous punir de votre injustice, je me rangeasse du parti du monde contre vous-même? Je sais que vous ne doutez pas de la part que je prends à tout ce qui peut faire votre bonheur ; mais ignorez-vous que vous ne pourrez parvenir à celui où vous aspirez qu’aux dépens du mien propre, et sans qu’il m’en coûte mon repos ? Ne devez-vous pas craindre qu’à force de m’intéresser à ce que vous faites, je ne tâche de vous en dissuader, et pouvez-vous sagement vous confier à un homme qui ne saurait agir de bonne foi, sans trahir ses intérêts? Vous le savez, depuis que vous renoncez au monde, mes intérêts déviennent bien différents des vôtres. À quelle extrémité me réduisez-vous donc, pour répondre à la bonne opinion que vous avez de moi? et qu’il m’en coûte cher de vous avoir persuadée de ma sincérité. Il faut que je me détache de moi-même pour me conformer à vos intentions; il faut que j’étouffe tout sentiment de sensibilité et de délicatesse ; il faut enfin que je vous tienne un langage tout opposé aux mouvements de mon cœur, et que je m’immole pour vous satisfaire... Jamais la raison n’a tant pris sur la nature; mettez donc à ce sacrifice tout le prix qu’il mérite : c’est le plus grand que j’aie fait, et que je puisse faire de ma vie. »

Dans cette lettre même, le comte d’Albert, après avoir exposé à sa maîtresse, en amant, les raisons qui pourraient l’attacher au monde, convient, en sage conseiller, que des raisons plus fortes l’appellent à la retraite. Il finit par l’affermir dans sa résolution et jamais directeur spirituel ne s’est mieux exprimé que cet homme de guerre sur les choses du salut.

Avant la fin de l’année, l’amante du comte d’Albert se retira dans un couvent, où elle finit ses jours au sein de la plus austère pénitence. On peut dire que cette actrice de l’Opéra avait parcouru toutes les phases de la vie: Cavalier galant avec les demoiselles, femme tendre avec les hommes qui lui plaisaient, redoutable l’épée à la main avec ceux dont elle avait à se plaindre, spirituelle avec tout le monde, aimée du public pour ses qualités et même pour ses travers plus que pour ses talents, cette femme extraordinaire emporta dans la retraite une ample collection de souvenirs charmants à mettre en oubli, et de péchés plus ou moins gros à expier... Heureusement les trésors de la miséricorde céleste sont inépuisables ; mais avouons que la demoiselle Maupin dut en faire une grande consommation.

Chapter VI.

Aventures of Mademoiselle Maupin

I do not have to tell you about the distinguished talents of this actress: she did not know a note of music, and never occupied more than a secondary rank at the Opéra. But she made more noise in the world than the Castellys, the Rochois, and the Antiers, by her beauty, her adventures, and above all, by her combative nature. Mademoiselle, or rather Madame Maupin, was the daughter of the sieur d’Aubigny, secretary of commands to the Count d’Armagnac. Around 1691, she married an excise clerk named Maupin; but shortly after her marriage, she fell for a fencing master named Séranne, adopted both his name and his profession at the same time, and then disappeared from the marital home to follow him on his travels. She first went with him to Marseille: Séranne gave fencing assaults there; the virtue of his mistress (the word is lenient) received many more: the place was not impregnable; Séranne even complained of more than one capitulation being quite easily obtained.

The result of these various assaults was apparently not very lucrative; poverty knocked harshly at the door of the adventurous couple; and although he was very skillful in fencing, he could not parry that thrust. Séranne and Mademoiselle Maupin had beautiful voices; they were admitted to the Opéra de Marseille; both achieved some success there. But Mademoiselle d’Aubigny (La Maupin had resumed this name) was born for extraordinary adventures: she had a taste for them and could not resist her inclinations. Her masculine leanings had been marked by her skillful handling of the foil; but they were pronounced in a much more significant way when, a new Sappho, she conceived the most passionate love for a young woman from Marseille. Whether the girl’s parents feared a real danger for their daughter, learning of the pursuit by an individual who, always wearing cavalier’s clothes, might have deceived them about her sex, or whether they simply wished to shelter this young person from the ripple effect of a ridiculous scandal, they had her enter a convent in Avignon. Did the little girl from Marseille believe she was loved by a handsome cavalier, or did she also indulge in lesbian illusions? This we cannot say; what is certain is that Mademoiselle d’Aubigny was promptly informed of the seclusion of the one she loved. Putting aside the masculine costume and renouncing the lyrical career, she adopted the habit and modest demeanor of a young devotee; gave her features a demure expression, covered her slightly bold eyes with long lashes, and hurried to Avignon. With clasped hands and turning a rosary between her fingers, she went to the convent where the girl from Marseille was cloistered... She claimed to be a noble heiress illuminated by grace from above, who wished to escape the traps that the wicked one sets for her youth: her accent was full of fervor, her vocation seemed strong; the Superior, who perhaps knew how slippery the paths of worldly life are, saw a fall to prevent, a sheep to save from the devouring wolves; she welcomed Mademoiselle d’Aubigny, still half-smeared with the rouge from the Opéra de Marseille, among the novices, among whom was the one the audacious actress dared to call her mistress.

What happened during a few months in the Avignon community? Only God knows today... But one day, a young nun came to die, Mademoiselle d’Aubigny, having stripped her of everything that might lead to recognition, carried the corpse on her shoulders, placed it in her friend’s bed, and escaped with her, after having set fire to the convent to aid their flight. You will undoubtedly be kind enough to excuse me from following the phases of a passion whose consequences, at least, you do not fear for the young woman from Marseille. They could have become much more serious for the Amazon guilty of the abduction of a nun, even though she was only a novice; for the magistrates, in investigating the matter, were unaware if this novice was still one after the crime, Mademoiselle d’Aubigny having been reported to the judges as a man in disguise. Now, you can imagine how dreadful the crime of the accused must have been in the opinion of these magistrates; he who, a devouring wolf, had spent three entire months among the Lord’s flock. The trial having been conducted on these false premises, the sieur d’Aubigny, with the certain knowledge of the court, was condemned to be burned in absentia.

If ordinary loves are, alas! perishable and fleeting, the one we have just sketched must have been even more fragile: it only took a reality to intervene in this series of illusions to make them vanish, and that is what happened. A musketeer replaced the Marseille novice in the heart of Mademoiselle d’Aubigny, the abandoned mistress returned to her family, and the luminous sentence of the judges of Marseille happily came to nothing for them.

The adventuress who concerns us, sometimes under the name of Madame Maupin, sometimes under that of Mademoiselle or Monsieur d’Aubigny, continued to travel the province, giving fencing assaults in one town, singing opera in another; here dreaming of love in the manner of Sappho, elsewhere practicing it in the manner of Aspasia; fighting a duel in the morning to contest the heart of a shop girl with a sub-lieutenant, accepting a challenge in the evening to take revenge for the infidelity of a captain. Finally, weary of the petty intrigues of the province, which did not set her off enough, Mademoiselle d’Aubigny decided to head for Paris, the only stage where great reputations can blossom. The actor Thévenard, whom she had met in Rouen, offered to bring her to the capital and promised to have her accepted at the Royal Academy of Music, if she wished to debut there. Our adventuress accepted the offer of the famous singer who, passionately smitten with her (this was long before the slipper incident), was delighted with such an acquisition for the Opéra. Mademoiselle d’Aubigny debuted, under her husband’s name, in the role of Pallas, in the Opera of Cadmus: this was hardly departing from the warrior roles she was fond of; as the figure of Minerva, the debutante would have been infinitely less in her element. When, ascending upon her cloud, the new actress rose majestically towards Olympus, she gracefully removed her helmet, as a sign of recognition for the applause she had received. Then, the most beautiful hair in the world spread out over her armor, and the acclamations redoubled. The next day, upon waking, Mademoiselle Maupin had to open thirty love letters, containing offers which, totaled, would have produced a capital of one hundred thousand écus. But until then, she had only sought the treasures of love, always under the influence of a dual ambition, which gave itself the most eccentric career at the Opéra.

However, Mademoiselle Maupin continued to fight like a black musketeer: sometimes she was awaited for a performance at the Palais-Royal, while she was skirmishing in the Bois de Vincennes. The actor Duméni, forgetting what kind of temper he was addressing, one day dared to insult this actress, who had scorned the homage of his heart. The insult was delivered in the presence of Francine, one of the directors of the Royal Academy of Music; Mademoiselle Maupin suppressed her anger and merely said: “This will be revisited.” But her revenge was not long in coming; that same evening, disguised as a man, the offended singer waited for the principal tenor at the Place des Victoires, where she knew he had to pass, and, attacking him impetuously, she delivered the most vigorous slap, saying: “To Duméni, Mademoiselle Maupin, greetings.” Then she added, making her sword gleam beneath the pale glow of the street lamp:

— Now, on guard, knave.

— Not at all, replied Duméni, who was not as bold before a sword as before a bottle of perfume... I will indeed consider that you are a woman.

— You are making the biggest mistake; it seems to me that my hand has just been quite masculine. Come on then, fiery Roland, terrible Renaud, sword out.

— I tell you I do not want to fight with a woman.

— Well, this woman will give herself the double satisfaction of correcting an insolent man and humiliating a coward.

At these words, grabbing Duméni’s arm with a hand comparable to a steel clamp, she subjected his person to a rotating movement he could not control, and fifty times the fine whip of Mademoiselle Maupin fell whistling onto the shoulders of the poor actor. Then she left him, after taking his snuffbox and his watch. The cunning creature was not satisfied with a secret revenge; she needed a brilliant triumph: she intended to arrange it.

The next day, the adventure had caused a stir: it was vaguely known that Duméni had been attacked; but the attacker was unknown. There were many people at the rehearsal; the flogged actor did not see Mademoiselle Maupin among the crowd, who, not scheduled to perform in the next show, would, he thought, avoid appearing before the directors that day. He hardly knew his comrade. She had slipped among the extras, her face covered with a rather thick veil, and like the other women, she circled around Duméni, who was being asked to recount his adventure.

— Know then, he said, that last night, I was attacked by three robbers.

— Three robbers!... everyone cried out.

— Three, exactly. Nevertheless, I defended myself like a lion; the rogues felt the weight of my arm; and despite the unequal odds of the fight, I put them to flight...

— That is a noble feat, the listeners exclaimed again.

— But in the heat of the fight, Duméni resumed, the bandits had taken my watch and my snuffbox.

— Here they are, said Mademoiselle Maupin, who had just pulled back her veil and presented the two objects to the assembly. Everything Duméni has just told you is a blatant lie: what is true in all this is that a man was cowardly enough to refuse to cross swords with a woman he had insulted; that woman is me. Now, you should know that after slapping him, I gave him a good thrashing, and as proof of my triumph and his cowardice, I took his watch and his snuffbox. There, ladies, is how one should behave with men when they fail us.

I will not tell you if many of the women present promised themselves to imitate Mademoiselle Maupin; but Duméni, convicted simultaneously of cowardice and boastfulness, these two faults so disparate in nature...

Duméni, ashamed and confused, swore, though a little late, that he would no longer be caught insulting actresses before making sure they couldn’t draw a sword; which might happen often, given these ladies’ frequent associations with musketeers.

But it has been repeated ad nauseam, it is rare for experience to benefit humans in time to spare them the misfortunes it could prevent: here comes a new proof of this truth. Worn-out affections often turn into bitter aversions: this, too, has long been established. Thévenard had loved Mademoiselle Maupin deeply; then he grew to hate her cordially; but unfortunately for him, he forgot the lesson given to his comrade Duméni, and publicly insulted her. You know the manner of our Amazon; she waited for the bass singer outside the Opéra; but he had had a moment of reflection; he did not leave, and his adversary waited in vain, fretting for nearly three weeks, expecting him every evening. Thévenard slept in his box and did not stick his nose out. At the theatre, the directors, fearing an episodic scene in the style of the Sablé fight, maintained good order. The enemies, when they performed together, exchanged wrathful glances, accompanying the tenderest protestations; Mademoiselle Maupin promised the bass singer, with the full orchestra playing, tenderness for tenderness, and whispered in his ear the assurance that she would break his bones at the first opportunity. Fortunately, the stage directions did not require them to embrace; they would have bitten each other till the blood ran. Finally, tired of leading a literally cloistered life at the Palais-Royal, Thévenard wrote to his irascible comrade.

« My dear Julie, everyone in this world has their perfections and their faults; I admit very willingly that you handle a sword much more skillfully than I do; also concede that I sing better than you. That established, you will kindly recognize that if you drive only three inches of blade into my chest, my voice, if I don’t die, may well be greatly impaired, and I am essentially attached to the well-being it procures me, independent of the joy of gazing into your beautiful eyes, when we play together and you do not slip furious asides to me; which singularly alters the sweetness of your look.

« Let us therefore make peace, my dear Julie, I come before you tied hand and foot (in writing, however, given the danger of an interview); excuse a sharp remark which I sincerely regret, and be merciful to me. »

Mademoiselle Maupin replied:

« Since Monsieur Thévenard admits so gracefully the little taste he feels for an encounter with a sword in hand, even with a woman, and since I have only to compliment him on his prudence, I consent to forgive his offense. But I insist that he ask for this promised pardon in the presence of those who were witnesses to the insult; let him take care to gather them, and I will keep my word. »

Things went according to Mademoiselle Maupin’s intentions: Thévenard publicly asked for her pardon, and the actor remained convinced that he was only a hero on the stage. Many ladies had already told him so a long time ago.

If Mademoiselle Maupin had only used her superiority in fencing to repel insults, it would have been noble and legitimate; but she often abused it while wearing masculine clothes, to wrong her own sex. One day, thus disguised, she managed to slip into a ball given at the Palais-Royal by Monsieur, the brother of Louis XIV, where she dared to make the most eccentric flirtations towards a young Marchioness. The titled lady complained loudly, and three gentlemen simultaneously demanded satisfaction from the substitute cavalier for such indecent behavior.

« At your service, gentlemen, replied the actress proudly; I will wait for you rue Saint-Thomas-du-Louvre, under the first street lamp. » The three champions went there and remained there, not killed on the spot, but seriously wounded enough that they could not get up. Mademoiselle Maupin, having returned to the ball, pulled Monsieur aside:

— Monseigneur, she told him, there are three gentlemen lying on the pavement in the rue Saint-Thomas-du-Louvre, and they would need prompt assistance. Less than an hour ago they had very hot heads; but the night air might cool them down a little too much; please order that they be taken home...

— Another duel, exclaimed the Duke of Orléans with displeasure.

— There were even three, Monseigneur; but these may temper Your Royal Highness’s anger, by amusing him: the gentlemen who, for the moment, have the pavement for a pillow, have just been wounded by a woman...

— A woman....

— It is she who has the honor of assuring Your Royal Highness of it.

— Ah! I recognize you, you rogue, you are La Maupin.

— At your service, Monseigneur, if I were capable.

— Will you always be up to your old tricks?

— Your Royal Highness knows that I do not always kill His Majesty’s subjects.

— Will you be quiet, you incarnate she-devil...

— I will do more, I will retire.

And passing by the young Marchioness who had been so unfortunately defended, she whispered in her ear:

— See, Madam, how ill-advised you were; for having called upon three redressers of wrongs to your aid, you are now deprived, at least for some time, of three admirers... Then, touching her sword, Mademoiselle Maupin added: this one has asked these gentlemen to keep to their beds for a few weeks: now is the time, Marchioness, to act sensitive... Now, permit me to call myself your very humble servant, and admit that there was no need to cry out so loud.

At these words, the frenzied actress left the Marchioness stunned and quit the apartments of the Palais-Royal. The next day, the entire court knew of this adventure; it resonated for eight days in the Œil-de-Bœuf (the anteroom at Versailles); Louis XIV himself was secretly amused by it. But he had Mademoiselle Maupin warned by Destouches, the general inspector of the Opéra, that nothing prevented his edicts on dueling from being applied to ladies, when they presumed to concern themselves with the point of honor, especially when they took little care to be faithful to it from the feminine point of view.

Around the year 1702, Mademoiselle Maupin left the Opéra de Paris, and took an engagement at the one in Brussels. The Count d’Albert, who was then her lover, had been unfaithful to her; she left so as not to witness the triumph of her rival. The Elector of Bavaria saw our adventuress at the court of the Netherlands, fell in love with her, and kept her heart for the space of five to six months. This longevity for a princely love was cited in the gazettes of the time. After this century of constancy, His Electoral Highness, having left Mademoiselle Maupin for the Countess d’Arcos, sent a gift of forty thousand livres to the abandoned actress, delivered by the lady’s own husband. The Count had barely deposited this sum on the dressing table when the wallet containing it struck him on the forehead, that is to say, right where His Electoral Highness was reaching him at that moment... « Tell the Prince that I do not want his money, and keep it: it is the worthy salary of a man vile enough to act as his wife’s pimp. » And showing the door to M. d’Arcos, the singer added: « Get out or I will have you chased away by my lackeys, your equals. » Some time later, however, Mademoiselle Maupin, having no doubt considered that one does not live on pride, accepted a pension of two thousand livres from the Elector, and returned to Paris, where she reunited with the Count d’Albert.

Up to this point, we have only seen in Mademoiselle Maupin a woman who was flirtatious, hot-tempered, quarrelsome, and steady on her hip like a guard officer. But she was recommended by happier qualities: she was endowed with a generous soul, and perfect loyalty; no woman was a better friend; no lover loved more sincerely as long as she loved, and rarely did she take the initiative in infidelity. Mademoiselle Maupin wrote with charming ease and composed very pleasant verses. Here are some that an elegiac poet would not have disavowed: Mesdames Deshoulières would certainly have congratulated themselves on having written them. They were addressed to the Count d’Albert, who was at the army with M. de Villars.

Would you, dear lover, in the clash of arms,
Listen to the tale of all my fierce alarms?
And when Mars lights his fury in your breast,
Will your eyes deign to see a weeping mistress?
What tumult, what dread seizes all my heart?
A murmur spreads that soon a battle will start—
That Baden vainly dreams of fortifying,
That Villars seeks him out, his strongholds defying.
Cruel rumour! every word chills me with fear.
Does Heaven make me feel disgrace drawing near?
Ah! well I know that Glory’s charms for you
Are strong, and Honour drives your steps into
The thick of danger. To a warrior’s eyes
My own have charms too frail for such a prize;
To a lover’s heart, the call of arms rings strong.
Heaven, in shaping you, did one of two things wrong:
It should have made you less a valiant knight,
Or else less lovable in my own sight.
Timid in nature, ignorant of my sex,
Yet made for tenderness as well as risks,
Would it were granted me to fly to you!
If I might follow, I should have no fear;
I’d face down death itself, and still be ready
To meet the blows that threaten your dear head.
Your youth, your features, that bright flush of grace,
Those locks Apollo would not disown to trace—
In love’s dominion unavoidable charms,
But in war’s field they are unprofitable arms.
Murderous lead, with impunity,
Strikes without regard for age or beauty.
Adonis, like you, once was fair to behold;
For you I fear, alas, his fate of old.
Venus herself beheld him lose the day
Within her arms. I lack her charms, but not her sway.
    Mother of gentle joys, propitious queen,
You whom youth and laughter follow ever seen,
I call upon you now. If with tender voice
I ever sang the sweetness of your choice,
If I have praised your son, his shafts, his reign,
And kindled in men’s hearts the fires he brings,
Fly, descend from Heaven—use those eyes of yours
That, when you will, can disarm mighty Mars;
Win from him that he prove not fatal to
The lover whom I love beyond all measure.
But—what am I saying, madwoman that I am?
What hope remains? Before the sight I name—
The object of my sweetest vows—you, too,
Would be my rival, and Mars himself would rue.
    Amid such terrors, it is you alone I implore;
Remember, dear lover, the soul that loves you sore.
You must bring my tears’ long course to an end,
For in exposing your life, mine hangs by that thread.

When Mademoiselle Maupin wrote this burning epistle to the Count d’Albert, one was far from suspecting that she would end her life in a convent. But this return to the calm and silent life of hearts where all passions have passed is more frequent than one thinks. The soul, folding back onto its intuitive sphere, finds sweet pleasures there that it had previously ignored: duty, so rarely heeded when passions thunder, finally makes its voice heard when they have ceased to erupt. This period began, for the fiery actress, at the moment when it was least expected.

At this hour of self-reflection, Maupin, recently abandoned to the full fervor of passion, suddenly rediscovered reasonable feelings in her heart, against which her imagination no longer protested. She sent back to all her lovers the contracts she had received from them, reserving only the two-thousand-livres pension granted by the Elector of Bavaria. Resolved to lead a regular life, save for her love for the Count d’Albert, Mademoiselle Maupin summoned her husband to her, and lived in perfect union with him until his death, which occurred in 1705. It must be added that Maupin was a most civilized husband.

An ancient author said it, great passions do not extinguish in women as long as there remains enough physical power in them to fuel them; they only change object, sometimes character, when, on the hearth where they burned, there is nothing left flammable enough to sustain them. This is how a fervent devotion succeeds earthly affections in the female sex; its sublime poetry, the intoxicating consolations of its beliefs, the graceful seduction of its images, reach into the last fold of the heart, rekindling the sparks of sensation, almost extinguished under the ashes of consumed pleasures. Then a woman who was passionate becomes devout with ardor: she directs her desires, detached from the earth, towards heaven; without her suspecting it, she falls for angels as she had fallen for her lovers. Listen to her prayer, the animation of her accent will reveal emotions too strong to be beatific; there is in this religious surge of the soul a memory of worldly delights: it is the tempting serpent encircling the stem of the mystic rose bush. But when age has decidedly cooled the feminine organism, devotion changes its nature: it is no longer that fervor which ascended, burning, towards the abode of the elect; a gentle, but self-interested, faith has replaced this extinguished rapture; one then allows oneself to be enveloped in the mysterious veils of a hope that promises divine mercy... If such a kind of devotion is not precisely generous, it is at least sincere, for it springs from trust. But can this devotion by inertia only be born from the renunciation of worldly things, and does this renunciation happen while the senses maintain their empire?... sometimes no doubt; to say often would be too much of a gamble.

Be that as it may, Mademoiselle Maupin formed the resolution, around the middle of the year 1705, to renounce the theater, and what will seem more surprising, to enter a religious order. However, she did not wish to decide on this last course without having consulted the Count d’Albert, her lover: which proved, it seems to me, that, if she believed herself called to the cloistered life, a somewhat profane tie still held her to the world. The letter the Count wrote to her in this circumstance deserves to be quoted: besides showing to what extent, in 1705, feeling was taken seriously even by men of war, whom so many temptations incited to inconstancy, it proves that the epistolary style of a certain elegance was then familiar to the nobility, who, fifty or sixty years later, regarded it as unworthy of them, and prided themselves, in the eyes of a nascent philosophy, on the titled ignorance of the feudal centuries.

« Do you think of whom you are addressing, wrote M. d’Albert; is it my devotion, is it my heart, is it my compliance that you wish to put to the test; and do you expect, by consulting me, that I am enough the master of my feelings to strengthen yours? Have you lost sight of what I am to you; is it not an insult to my misfortune to force me to approve of it; and would you not deserve that, to punish you for your injustice, I should join the party of the world against yourself? I know that you do not doubt the share I take in everything that can bring you happiness; but are you unaware that you can only attain the happiness to which you aspire at the expense of my own, and without it costing me my peace of mind? Should you not fear that by constantly taking an interest in what you do, I might try to dissuade you, and can you wisely confide in a man who cannot act in good faith without betraying his own interests? You know, since you renounce the world, my interests become very different from yours. To what extremity do you reduce me then, to respond to the good opinion you have of me? and how dearly it costs me to have persuaded you of my sincerity. I must detach myself from myself to conform to your intentions; I must stifle every feeling of sensibility and delicacy; in short, I must speak a language to you completely opposed to the movements of my heart, and sacrifice myself to satisfy you... Never has reason prevailed so much over nature; therefore, place on this sacrifice all the value it deserves: it is the greatest I have made, and the greatest I can make in my life. »

In this same letter, the Count d’Albert, after having explained to his mistress, as a lover, the reasons that might attach her to the world, agrees, as a wise counselor, that stronger reasons call her to retirement. He ends by confirming her in her resolution, and never has a spiritual director expressed himself better on the matters of salvation than this man of war.

Before the end of the year, the Count d’Albert’s lover retired to a convent, where she ended her days in the midst of the most austere penitence. It can be said that this Opéra actress had traversed all the phases of life: A gallant cavalier with young ladies, a tender woman with the men who pleased her, formidable sword in hand with those of whom she had cause to complain, witty with everyone, loved by the public for her qualities and even for her faults more than for her talents, this extraordinary woman carried into retirement an ample collection of charming memories to forget, and of sins, more or less grave, to expiate... Fortunately, the treasures of celestial mercy are inexhaustible; but let us admit that Mademoiselle Maupin must have made great use of them.